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08/01/2020

LES TOURMENTS DE L'AMOUR

Chapitre 10 :

Intriguée, j’ai d’abord cru que Roméo simulait ; mais lorsque que j’ai vu les larmes ruisseler le long de ses joues, j’ai fini par baisser la garde…

-Pardon ! Pardon ! Implorait-il. Je ne me rends même pas compte de ce que je suis en train de devenir ! Un bourreau, ton bourreau ! Je souffre de ne pas pouvoir trouver un emploi ici dehors ! Et toi tu es toujours présente ! Ton amour je ne le vois même pas, alors qu’il est là ! Tu es toujours là ! Non ne pars pas Adissa ! Reste stp ! Je ne porterai plus jamais la main sur toi !

-Je reste si et seulement si tu ne me frappes plus !

-Je ne le ferai plus ma chérie !

Deux mois après, Roméo a enfin trouvé un emploi ; tout semblait aller pour le mieux ; il m’accompagnait tant qu’il pouvait à l’hôpital et m’aidait souvent à la maison quand je ne me sentais pas apte à faire quoi que ce soit. Puis un soir il a fait une crise d’épilepsie qui l’a cloué au sol pendant de longues minutes. J’ai dû appeler du renfort afin qu’on le conduise aux urgences.

Au final les soins n’ont rien donné ; Roméo s’affaiblissait à vue d’œil, et ne parvenait pas souvent à se mouvoir. Quand il vomissait par exemple, je traînais mon long ventre et je nettoyais tout ; je l’aidais à faire sa toilette et tout le reste. C’était la panique totale. Nous nous sommes tournés vers l’indigénat ; le fait qu’il soit si assidu de ce côté commençait à porter ses fruits. Le jour même où je perds les eaux, Roméo est en pleine séance de guérison ; informé, il fait vite rappliquer. J’ai fini par pousser l’ultime cri pour faire extirper le bébé ; quand je l’ai tenu dans mes bras, j’ai été émue jusqu’aux larmes…

-C’est mon bébé ! C’est mon fils ! Notre fils ! Tiens ! Roméo ! Prends-le ! C’est ton fils !

-Je veux bien le tenir ! Mais là je ne peux pas ! Tu sais que je sors d’une séance de soins ! On m’a interdit de le toucher à sa naissance !

Eberluée, je l’ai regardé sans plus rien en rajouter…

-Mais ne t’inquiète pas ! Dès demain ça sera possible

Ma famille était présente ; ma mère a pu faire le déplacement depuis le village pour venir m’assister, bien qu’elle ne dormait pas chez nous ; vu l’état de notre appartement, il y avait de bonnes raisons de ne pas avoir envie d’y rester, ne serait-ce qu’une seule nuit ! Mes sœurs quant à elles faisaient la ronde permanente, ainsi que la famille de Roméo ; seule son autre sœur Albertine est restée avec nous ; elle a eu le cran de nous dire qu’elle crècherait chez nous…

-Albertine ! On n’a pas encore bien aménagé et…

-Je vais dormir au sol, ça ne me dérange pas ! Je ne mettrai pas long !

Roméo et moi on s’est regardés discrètement, avant de passer à un autre sujet, celui du nouveau-né. Au bout de trois jours Albertine a abdiqué…

-Yeuch !!! J’ai mal partout ! Bèta je rentre ! Euh… Adissa il faut même que je te cause !

-Oui Albertine ! Je t’écoute !

-Vraiment la situation dans laquelle je vous vois ne m’arrange pas du tout ! Voilà le bébé vous allez faire comment ? Je rentre finalement dans une semaine !

-Il est déjà né et on va faire avec ! On va se débrouiller !

-Nooon !!! C’est impossible ! Ecoute je suis en train de faire mes papiers pour aller en Europe ! Donc je peux vous proposer de l’amener avec moi ! Ça va vous alléger la tâche ! Et en plus tu es encore jeune ! Tu auras le temps d’en faire d’autres !

-Sauf le respect que j’ai pour toi Albertine ! C’est mon enfant et rien, ni personne ne pourra me séparer de lui ! Je suis désolée ! Je refuse !

-Ok ! Bon c’est vous qui voyez ! Ne pleurez pas après !

Le lendemain, et contre toute attente, Albertine a plié bagages et elle est partie très tôt, sans crier gare…

Nous avons prénommé notre fils Warrick Ndoumbe; à trois mois bien sonnés il était en forme et faisait notre joie et notre bonheur. Par contre, la santé de Roméo n’étant toujours pas au beau fixe, nous avons tout essayé ; entre tradi-ptraticien, maisons de prières et autre, je le soutenais comme je pouvais et je priais sans cesse pour lui, tout en m’occupant de notre enfant…

-Je ne comprends plus rien Roméo ! C’est de mal en p*s ! A l’hôpital ça ne donne plus rien !

-Je me sens vraiment mal Adissa ! Il… il faut qu’on trouve une solution !

-Mes sœurs m’ont recommandé un prêtre là ! Il paraît qu’il est fort !

Ma sœur aînée m’a donc mise en contact avec un prêtre de la paroisse qu’elle avait l’habitude de fréquenter ; selon elle il avait la latitude soigner uniquement par les prières…

-Vous allez-voir ! Me dit-elle. Il opère des miracles, rien que par les prières ! Il faut que ton gars ait seulement la volonté ! Il doit faire ce que le prêtre lui dira, sinon c’est mort !

-D’accord ! Tu penses qu’il peut le soigner en combien de temps ?

-Tout dépend de son mal ! Chez certains ça prend quelques jours ! Et chez d’autres ça peut aller jusqu’à un an !

-Ehhh !!! Pourvu que ça prenne moins de temps !

Roméo n’a pas eu le choix ; son espoir de recouvrer la guérison par ce canal l’a poussé à se plier à toutes les exigences liées aux recommandations du prêtre. Il n’était que l’ombre de lui-même, et il savait que la mort le guettait.

Roméo a finalement perdu son travail à cause de sa maladie ; n’ayant plus assez de moyens pour payer le loyer, le bailleur nous a sommés de libérer les lieux ; il n’a tenu compte ni de l’état de Roméo, ni du mien, avec un bébé sous le bras. Il nous fallait trouver un autre logement, mais plus n’avions plus rien.

-Vous pouvez venir rester chez moi pour quelque temps ! Propose Bernadette ma sœur aînée. La maison est grande, il y a assez d’espace ! On vous donne la dépendance, le temps que Roméo guérisse et trouve un nouvel emploi !

Ma sœur et son mari venaient d’aménager chez eux, une villa nouvellement construite ; j’ai fondu en larmes dans ses bras quand elle m’a fait la proposition de nous offrir l’hospitalité…

-Snif !!! Je ne sais pas comment nous aurions fait je t’assure ! Il… il a encore perdu son boulot ! Et moi et le bébé ce n’est pas facile !

-Oui je sais ! Donc la dépendance est là vous pourrez l’occuper, même comme c’est vide ! Il n’y a aucun meuble !

-C’est déjà l’essentiel ! Pour le reste on va se débrouiller comme on peut !

-Mais je dis hein ! Ses gens à lui sont où ? Comment il est malade comme ça et personne ne réagit !

-Je sais que je vais te dire quoi ? Ils sont pourtant au courant qu’il est malade ! Mais personne, je dis bien, personne ne lève le petit doigt !

-Caaaa !!! Quelle famille !!! A propos, le prêtre vous attend demain !

-Oui je sais ! Il… il nous a dit que le traitement va durer un an !

-Préparez-vous ! Et armez-vous de courage et de patience !



Un an plus t**d…

C’est ce que nous avons fait ; nous avons fait preuve de patience et de courage, mais aussi de persévérance, surtout dans la foi ; tout cela a duré près d’un an. Un an au bout duquel, les résultats ont pu enfin porter leurs fruits ; Roméo était complètement guéri, et immédiatement après, il a pu trouver un autre travail…

-Je crois qu’avec les prières intenses, le Seigneur est très présent dans nos vies ! Me suis-je exclamée ce matin-là alors qu’il était en train de nouer sa cravate.

-Je ne te le fais pas dire chérie ! Je reviens des ténèbres ! Maintenant que tout va bien nous repartons encore de zéro, avec l’esprit plus tranquille et libre.

Je n’en demandais pas plus, lorsque ce matin-là je le regardais se préparer pour son boulot ; pour la première fois depuis plusieurs mois, j’essayais de sourire, même si je n’étais pas tranquille… il rentrait très souvent à pas d’heure et trouvait tout un tas d’excuses pour rester aussi longtemps avec ses amis et collègues ; il lui est même arrivé de partir souvent en week-end à l’intérieur du pays ; j’étais persuadée qu’il s’agissait uniquement du travail et rien d’autre.

Un jour alors qu’il était parti pour une autre ville, il m’a fait comprendre qu’il en avait pour longtemps…

-Chérie ! Je ne rentre plus comme prévu !

-Comment ça ? Tu ne rentres pas ce dimanche ? Tu bosses lundi !

-Oui on a prolongé notre séjour ici à Kribi ! Donc…

-Et tu rentres alors quand ?

-Mercredi prochain !

J’ai tout simplement gobé, sans rechigner. A son retour il était de très mauvais poil ; il faisait tout pour me faire culpabiliser moi, et se donner des raisons d’agir de la sorte, sans oublier ses remarques vraiment désobligeantes à mon égard…

-Hum ! Comment tu es naze comme ça ce matin ? C’est toujours le même kaba sale de la veille que tu portes ? Vraiment vous les femmes hein !

-C’est un autre kaba que je porte ! Je ne suis pas une femme sale !

-Ah ! Je faisais juste la remarque !

-Tu veux dire que je me néglige ?

-Je n’ai rien dit ! J’ai juste dit que tu devrais faire plus attention à toi !

-Mais je me bats avec ce que j’ai ! Tu ne me donnes rien ! Je dois faire comment ?

-Et c’est moi qui t’ai demandé de chômer ?

-Je ne t’ai pas dit l’autre jour que je suis en train de chercher du boulot ? C’est même quoi avec toi ? La terre ne tourne pas toujours autour de toi je te rappelle ! Tout pour toi et rien pour les autres !

-Bref ! N’extrapolons pas ! Je faisais une remarque c’est tout ! Ne te négliges pas ! Je suis un homme ! Et le dehors là est plein de…

-Fiche-moi le camp avec ça !

Il n’a plus rétorqué ; mais la suite a été pire que ce que j’espérai ; le soir venu, il n’est pas rentré ; nous étions un vendredi, la veille d’un week-end ; j’ai tenté de l’appeler, mais son numéro ne passait pas…

-Sa**ud !!! il est plus de minuit ! Maintenant il découche !

J’ai préféré garder mon calme et prier ; je ne faisais que ça d’ailleurs ; je remettais tout au Seigneur et je lui demandais de m’ouvrir les yeux et de me montrer la voie…

-Après tout ce que j’ai fait pour lui ! Il mourait ici ! Si ma famille n’était pas là, il serait perdu ! J’aurai pu l’abandonner, mais je suis restée, par amour !

Je commençais à prendre la mesure de la chose ; j’avais pourtant peur de vivre seule avec un enfant, sans la présence de son père ; j’avais peur de le quitter au fond, mais j’ai vraiment commencé à éprouver un sentiment de découragement.

Après un week-end passé seule à contempler les étoiles et à l’attendre, le bon monsieur est finalement rentré le lendemain vers midi ; au lieu de s’excuser, il n’a fait que me mépriser et me dénigrer ; j’ai passé tout ce moment-là à chercher à le comprendre, mais en vain…

-Non ! C’est toi qui me méprise Roméo !!! Après tout ce que je consens à faire pour toi ? Tu as le culot de m’insulter et de me dénigrer !

-C’est toi qui n’es pas fichue de t’afficher comme une femme capable et valable !

-Ah bon ? Même sortir on ne le fait pas ! Tu préfères te pavaner avec les autres ! Combien de fois j’ai surpris les messages, et les appels de tes bordelles ? Hein ? Combien de fois ! Tu préfères sortir avec elles au lieu de…

-Ça suffit je ressors même ! Tu m’étouffes ! Tu ne veux rien comprendre !!! A peine je rentre c’est comme ça que tu m’accueilles !

Il est sorti en claquant la porte ; mais cette fois-ci je ne suis pas restée calme ; Warrick notre fils était chez l’une de mes sœurs pour deux ou trois jours ; j’en ai donc profité pour le suivre ; j’ai enfilé un jean et un T shirt et je suis sortie…

Discrètement j’ai scruté aux alentours, puis je l’ai aperçu ; une voiture est venue se garer devant lui et il est entré ; j’ai couru pour héler un taxi en course…

-Suis-moi la voiture là pardon !

-Ok ! Madame ! Ça va coûter…

-C’est pas important ! Je vais payer !

Je n’étais plus en moi ; je respirais très fort ; et plus on avançait, plus je pouvais distinguer la silhouette de la personne qui conduisait… une femme ! Mon cœur n’a fait qu’un bon dans ma poitrine…

Ils ont bifurqué vers un hôtel, le plus huppé de la ville ; je n’ai fait qu’écarquiller les yeux lorsque je les ai vus descendre tous les deux et marcher bras dessus, bras dessous…

-C’est bon là madame ? Demande le taximan.

-Oui c’est bon ! Je vais descendre ! Je te dois combien ? !

-Non ! Attendez ! Ne partez pas !

-Ça ne te regarde pas ! Je vais les tuer tous les deux de mes propres mains !!! Comment il peut me faire ça !!! Comment…

-Madame la curiosité est un vilain défaut ! Rentrez l’attendre à la maison, sinon c’est vous qui allez…

-Laisse-moi ! Je descends !

Comme le ridicule ne m’a pas tuée ce jour-là ; je n’ai pas écouté le taximan ; je suis descendue en trombe et j’ai couru vers les deux amants…

-Roméo !!! Donc tout le cinéma là c’était pour ça ! Hein ? Réponds-moi !!!

-Chéri ! Qui c’est celle-là ? Demande la dame en question en me snobant proprement.

-Rien ma belle ! Ce n’est personne ! Je ne la connais pas ! Je ne sais pas ce qu’elle veut ! Rétorque Roméo.

Ils se sont retournés sans gérer le reste. Sidérée, je n’ai pas pu en placer une ; j’avais le cœur meurtri et j’étais si abattue ; en une fraction de seconde l’idée saugrenue de vouloir attenter à sa vie m’a traversé l’esprit ; j’ai fait demi-tour et je suis rentrée dans notre appartement ; j’ai pris un couteau pour en finir avec lui ; heureusement, je venais de le faire aiguiser il y a quelques jours avant pour l’utiliser en cuisine…

-De toutes les façons il va finir par rentrer et je vais le tuer de mes propres mains ! Je vais le tuer !!! Je vais le tuer !!! Ooooh !!! Nooon !!! Pourquoi ? Pourquoi ???

Je me suis effondrée à même le sol et j’ai pleuré de tout mon être ; j’y suis restée longtemps, assez longtemps pour parvenir à me maîtriser et à reprendre peu à peu mes esprits ; je crois en fait que le Seigneur me parlait et me donnait la force ; il me montrait la route et me faisait voir et comprendre que cet homme n’était pas pour moi.

Sur le coup je me suis levée et j’ai commencé à faire mes affaires. Jusqu’ici j’ai tout fait pour épargner ces détails de ma vie de couple à ma famille ; mais je crois qu’il était temps que j’ouvre les yeux et que je prenne la décision qui s’imposait. J’ai cessé de pleurer et je me suis mise à ranger calmement ; il pouvait m’arriver de prendre de petites pauses, de réfléchir et de me surprendre en train de parler toute seule, puis de reprendre la tâche…

-De toutes les façons il va s’éterniser dans les bras de cette p**e ! Il ne rentrera pas avant le matin ! J’ai tout le temps pour faire mes valises et m’en aller d’ici !

En cherchant certaines affaires qui se trouvaient dans sa penderie à lui, je fini par tirer un vêtement ; aussitôt un cahier tombe…

-C’est quoi ça ? Depuis quand il cache les cahiers sous ses habits !

Je le ramasse et je l’ouvre…

-Qu’est-ce que… c’est… mais c’est un cahier de femme ! Rien qu’à voir l’écriture ! Oh mince ! Il y a le nom écrit dessus ! « Journal intime, appartenant à Stéphanie ».

Je prends la peine de m’assoir et de l’ouvrir ; au fur et à mesure que je parcourais les lignes de ce cahier, je crois que j’ai manqué de suffoquer à chaque fois ; c’est comme si j’étais dans un rêve et que je venais d’être happée par la réalité…

Stéphanie n’a pas manqué de détailler à peu près les circonstances de sa vie de couple avec Roméo…

-Roméo ! Oh mon Roméo !!! Dit-elle dans les écrits. C’est l’amour de ma vie ! L’unique personne au monde pour qui je souffre tant ! On se connait depuis très longtemps ! Je lui ai donné une fille qu’il ne regarde même pas ! Mais malgré tout je l’aime ! Tout le temps que nous avons passé ici à Douala il n’a pas cessé de me dire qu’il va changer et que jamais on ne se séparera ! Mais il me trompe et je le sais ! Cette fille… Adissa ! J’ai même fini par m’y habituer ! Il m’a dit qu’elle n’est qu’un passe-temps et que pour se débarrasser d’elle, il dû lui faire comprendre qu’il est parti travailler en Côte d’Ivoire, le Gabon ! J’ai respiré un peu !

Au fur et à mesure que j’évoluais, mes yeux se voilaient…

-Roméo n’est donc jamais allé travailler à l’étranger ! Me suis-je exclamé. Tout ce temps-là il était avec Stéphanie !

Je continue la lecture du cahier de Stéphanie…

-Aujourd’hui c’est l’anniversaire de notre petite ; ouf ! Il a quand même fait un geste ; il a promis d’être plus présent pour elle, pour nous ! J’ose le croire quand même ! Mais je suis déçue de son attitude de l’autre jour… j’ai découvert qu’Irène sa sœur fantôme n’a jamais existé en fait ; ni même les messages de menaces que toutes les autres filles m’envoyaient, tout ça c’est lui l’auteur ! Roméo !!! Il se faisait carrément passer pour Irène et les autres ! Quel goujat ! Il m’a expliqué qu’il le faisait pour me tester ! Encore une fois je l’ai cru !

J’ai fermé brusquement le cahier et j’ai posé mes deux mains sur la tête…

-Ce n’est pas possible !!! Ai-je dit d’une voix si triste. Roméo se faisait donc passer pour Irène ! Je suis tombée où comme ça !!! Mon dieu !!! J’ai même peur de lire la suite !

Les mains tremblantes je prends mon courage à deux mains avant de continuer la lecture du cahier de Stéphanie…

-Aïe !!! J’ai mal ! Trop mal même !!! Roméo est au CED ! Qu’est-ce qui n’a pas marché ? Comment peut-il être aussi con ! J’ai croisé un de ses amis qui m’a avoué ce qu’il a fait ! Roméo a passé tout son temps à voler dans les appartements des gens ! Il détenait les clés de tous les appartements d’un immeuble qu’on lui aurait confié en tant qu’agent immobilier ! Il a de ce fait eu l’audace de pénétrer dans chaque appartement et de dérober des bijoux, de l’argent, des appareils, et que sais-je encore ? Seigneur !!! Mais où suis-je ! Dans quoi me suis-je fourrée ! En plus de ça je suis encore enceinte de lui ! Mais mon père lui a dit ses quatre vérités ! Moi je ne suis plus là ! Je démissionne ! Qu’il reste avec sa sorcellerie !!!

Je referme un instant le cahier, je ferme les yeux…

-Je suis en danger ! Seigneur ! Je te remercie de me guider ! Il faut que je parte d’ici ! Me suis-je dit. Il est capable de me faire du mal ! Stéphanie a compris ! Elle a fini par couper les ponts avec Roméo ! C’est elle qui a compris !

Moi je n’avais pas compris, ou alors je refusais de comprendre, je jouais les aveugles et je croyais dur comme fer à cet amour destructeur ; j’étais amoureuse, mais en même temps plongée dans une tourmente sans fin…

En sortant de l’appartement, j’ai lancé un dernier regard dans la pièce, et avec un dégoût, je l’ai refermée et je suis partie…

Ça fait 6 mois que je suis partie vivre chez ma sœur Bernadette ; je tente de me relever, mais ce n’est pas chose aisée ; je déprime, je suis tout le temps triste ; je n’ai pas encore pu me trouver un emploi, parce que je n’ai plus goût à rien…

-Adissa ! Adissa lève-toi ! Aller ! Ce n’est pas la fin du monde ! Tu as fait un mauvais choix c’est tout ! Tonne ma sœur.

Je ne l’écoute que d’une oreille ; je me sens si lasse et j’ai envie d’en finir avec tout ça. Le pas lourd je me dirige vers la salle de bain et en voyant mon reflet dans le miroir, j’émet un rictus qui en dit long…

-Ooooh ma chère !!! Tu n’es plus que l’ombre de toi-même !!! Regarde-toi !

J’ai perdu ma fraîcheur, ma beauté, tout ; je ne sais plus prendre soin de moi, parce qu’avant j’ai passé mon temps à mettre toute mon énergie sur un pervers narcissique. Roméo est plusieurs fois revenu s’excuser ; il m’a supplié de revenir avec lui ; mais je n’ai eu que du dégoût pour sa personne ; ma famille en a été informée et on la sommé de ne plus s’approcher de moi ; il dit qu’il est plein de regrets, et qu’il a fait une erreur…

-Bla bla !!! Le même baratin ! Qu’il me fiche la paix ! Je ne veux plus jamais ! Jamais le sentir !!!

Tous les soirs dans ma chambre je sombrais dans la déchéance ; j’avais un de ces mal être qui me dominait en permanence, si bien que j’ai vraiment voulu attenter à ma vie… une nuit je me suis levée, en robe de chambre ; les cheveux en bataille que je n’avais pas lavés ni peignés depuis une décennie ; je suis sortie et je me suis dirigée vers le magasin qui se trouve à l’arrière de la maison, dans le but de chercher n’importe quoi, une corde peut-être…

-Une corde ! Ça …ça pourra faire l’affaire !

-Ma… man !!!

Je sursaute et je me retourne…

-Hein ? Tu… tu fais quoi là ?

-Maman ! J’ai peur ! Veux dormir avec toi ! Me laisse pas seul !

C’était Warrick mon fils ; mais qu’est-ce que j’étais en train de vouloir faire ? J’avais l’air bien c***e ; j’ai immédiatement jeté la corde et j’ai couru vers lui ; je l’ai pris dans mes bras et je me suis rendue compte de la chance que j’avais ; mon fils ; le seul être qui pouvait encore me donner envie de vivre…

-Je te demande pardon mon bébé ! Je serai toujours là pour toi ! Maman déprime, mais je crois que ça va aller ! Je te promets que désormais je me battrai pour toi, pour moi, et pour nous !



De nos jours… cinq ans plus t**d…



-Mlle Dassi Adissa ?

-Oui c’est bien moi !

-Voilà c’est ici que vous recevrez les jeunes filles en difficulté !

-Ah d’accord merci beaucoup ! C’est vraiment très beau !

-Oui ! On s’est dit qu’en mettant le paquet, vous vous surpasserez ! Vous êtes la meilleure ! Ces jeunes filles ont besoin de vos conseils ! Nous savons par quoi vous êtes passée !

-Je ne vous le fait pas dire !

-Bon ! Je vous laisse, le temps de vous familiariser avec les lieux !

Elle me fait un sourire amical et me laisse seule dans cette pièce…

Cinq ans ont passé ; cinq bonnes années où j’ai appris à me relever et à panser mes blessures ; aujourd’hui je peux dire que je suis une femme accomplie ; rien n’est totalement parfait, mais je me sens bien ; je suis toujours célibataire, à 29 ans, contrairement à mes sœurs qui sont toutes mariées aujourd’hui ; Mireille s’est mariée il y a de cela deux ans ; mais je me sens heureuse et comblée ; j’ai une vie, j’ai un travail ; j’ai un appart, une voiture et j’éduque mon fils âgé aujourd’hui de 6 ans ; je l’élève seule, sans son père ; il ne s’est plus jamais occupé de lui ; Warrick ne le connaîtra peut-être jamais, mais je fais tout pour qu’il sache qu’il avait un père et où se trouvent ses racines.

J’ai juste évité de lui dire où ce dernier se trouve actuellement… dans un asile de fou ! Eh oui ! Roméo, après m’être séparée de lui, il s’est mis avec une autre fille ; mais il ne savait pas que le destin allait s’acharner sur lui ; cette dernière lui en a fait baver ; déçu, il a fini par comprendre que moi je l’aimais et que je me suis beaucoup sacrifié pour lui ; il s’est rendu compte que j’étais une fille bien ; il s’est retrouvé encore paumé, malade et il a fini par piquer une crise de folie ; il a été interné au centre Jamot, avant d’être transféré dans un centre à Efoulan où on suit les malades mentaux.

A part mon travail, je viens souvent donner un coup de main ici dans ce foyer pour jeunes en difficulté ; le directeur Monsieur Mouamba Gilles apprécie bien mon coup de pouce…

-Je ne saurai vous féliciter pour ce que vous faites ici !

-Merci monsieur, je fais ce que je peux pour aider surtout les jeunes filles en mal dans leur peau et qui ne se retrouvent pas !

-Tout à fait ! J’ai suivi votre témoignage dernièrement et je tenais à vous dire que je suis fier de vous !

-Ca n’a pas été facile ! Mais je m’en suis sortie !

-C’est l’essentiel ! Vous êtes brave, courageuse, battante !

-Je vous remercie ! Bon ! C’est mon heure je vais devoir m’en aller ! Je retourne à mon boulot ! Passez une bonne journée !

-On peut se tutoyer tu sais !

-D’accord pas de soucis !

-Si tu as besoin de quelque chose n’hésite surtout pas à m’en faire part !

-C’est très gentil de ta part !

-Porte toi bien Adissa !

-Toi aussi ! A demain !

Je sens son regard pesant sur moi ; je ne suis pas dupe ; ça fait bien des mois que je viens ici et que je remarque son attitude envers moi ; il y a longtemps que je ne m’emballe plus pour ce genre de chose ; je laisse faire la nature ; j'ai peur de refaire confiance à un homme, mais je sais qu'un jour mon homme diamant viendra vers moi et fera de moi sa femme, me rendra heureuse, et peut-être me fera oublier mon passé ; mais pour le moment, je profite de la vie et de ce que le Seigneur m’a donné.

FIN

MERCI à notre chère lectrice d'avoir bien voulu partager avec nous ce témoignage.

On se dit à très BIENTÔT pour une nouvelle aventure. KISS !

06/01/2020

LES TOURMENTS DE L'AMOUR

Chapitre 9 :

**Roméo**

Je scrute sans cesse ma montre ; hâte d’arriver à bon port ; je veux me convaincre que j’agis bien et dans les normes. J’ai pris le bus de 6h ce matin ; je veux gagner du temps et calmer les esprits ; j’ai laissé Adissa, encore endormie. La veille nous avons eu une petite disp**e ; elle n’était pas d’accord que je me rende à Douala mais j’ai tout fait pour la persuader du contraire. Je sais qu’elle m’en veut et qu’elle est peut-être en train d’ouvrir les yeux. Mais elle m’aime, et ça se voit ; elle saura faire des concessions dans tous les cas, et la colère lui passera.

Je m’appelle bien Roméo Ndoumbe ; ingénieur en génie civil, j’ai toujours su me battre comme un homme, et c’est ça qui plait aux filles, en l’occurrence Adissa. Mes parents ne m’ont donné que le strict nécessaire, jusqu’à ce qu’ils sentent que je puisse voler de mes propres ailes ; et je l’ai toujours fait. Je fais aussi pareil quand je suis en couple, mais ces derniers temps les choses ne se présentent pas sous un bon œil ; je n’ai pas envie de me faire prendre, ni par l’une, et encore moins par l’autre.

Adissa est enceinte ; honnêtement ça ne m’arrange pas. Pas parce que je pourrai présenter les signes d’être un mauvais père, mais parce que le moment est mal choisi…

-Elle pouvait bien attendre encore un peu avant de tomber enceinte ! Mais bon ! La nature est ce qu’elle est ! Disons que nous n’avons pas pu nous contrôler !

J’essaie de me consoler avec, mais j’ai le cœur qui bat à force d’y penser. D’un autre côté, j’ai une pression immense avec l’annonce de la grossesse de Stéphanie, Stef ! Comme j’aime bien l’appeler ; elle m’a toujours fait confiance, même si, on va le dire, je ne suis pas très stable dans ma relation avec elle. Elle m’a confirmé la veille qu’elle m’attendrait à la gare.

A mon arrivée, elle est effectivement là ; elle ne sourit pas, mais je lui rends par dessous tout, un sourire timide ; elle me toise presque et fait sans cesse la moue…

-Bonjour Stef ! J’ai fait aussi vite que j’ai pu ! Tu n’imagines pas les embouteillages à l’entrée de Douala !

Je lui fais la bise ; elle me tend nerveusement la joue ; je sens une forme de tension musculaire, rien qu’en y déposant mes lèvres sur sa joue…

-Aie ! Si tu étais un poteau électrique il y a longtemps que je serai mort électrocuté ! Façon tu es nerveuse !

-Tu penses que je dois rire ! Roméo ? Tu es parti à Yaoundé depuis tout ce temps, mais même me faire signe ? Rien ! Je suis fatiguée de tes sales promesses !

-Je t’ai demandé de patienter ! C’est même quelle pression que tu mets comme ça ?

-Donc je dois rester là sans rien dire ? Tu crois que c’est facile ? C’est toi qui dit une chose et tu fais son contraire !

-Mais je travaille ! J’ai un travail à Yaoundé !!! Je dois faire comment ?

-Tu nous a promis à Micha et moi qu’on te retrouverait dès que possible là-bas !

-Et j’ai refusé ? Je t’ai demandé d’attendre ! Maintenant c’est le moment ! Vous pouvez déjà venir vivre avec moi à Yaoundé ! Tout vient à point nommé à qui sait attendre !

-Maintenant c’est t**d ! Mon pater est vex !!! Il dit que tu dois prendre tes responsabilités cette fois-ci ! Quand j’ai accouché Micha, tu n’étais pas là !!!

-Quand Micha est née j’étais encore inconscient ! Je ne me voyais pas être père à cette période-là !

-Maintenant voilà le deuxième qui arrive tu dis quoi ?

-Tu es carrément allé dire ça à ton père ! Tu lui annonces ça en premier ! C’est quoi cette histoire ? C’est la honte que tu veux me faire porter ou quoi ?

-C’est pour que tu sois plus responsable Roméo ! Je me suis fait bernée avant ! Tu me trompais avec une autre ! Tu m’as dit que c’est fini, même comme j’ai toujours des doutes ! Hum !

-Tu te fais des films inutiles dans la tête ! Même si j’ai eu quelques aventures, ce n’était pas dans le but de te quitter, et ça tu le sais !

-Maintenant mon pater veut te voir ! C’est la seule solution !

-Il m’a appelé justement pour qu’on en parle ! Mais je ne sais pas ce que…

-Roméo ! J’attends notre deuxième enfant ! Je ne peux pas partir avec toi sans que le choses ne soient faites correctement !

-Je vois ! De toutes les façons, je ne me reproche de rien ! Je vais aller le voir tout à l’heure ! On va causer et je lui dirai les choses clairement ! Mais je veux que tu saches que je vous veux avec moi à Yaoundé !

Je jouais les courageux, mais en fait, la frousse me gagnait peu à peu ; j’en ai voulu à Stef d’avoir informé son père à propos de cette grossesse avant moi ; voilà qui me mettait dans une situation abracadabrante ; il y avait Adissa à gérer, et franchement, j’étais à deux doigts de rompre avec cette dernière, au profit de stef ; mais avant ça je devais d’abord affronter son père et lui faire comprendre les choses à ma façon.

Stef m’a accompagné en début d’après-midi dans sa famille comme convenu ; j’ai trouvé ses parents assis au salon ; on pouvait percevoir cette forme de déception qu’ont souvent les parents vis-à-vis de leur rejeton quand ils ont merdé, mais cette fois-ci c’est bien moi la cause de cette humeur morose. J’ai pris mon courage à deux mains et je les ai salués poliment…

-Bonsoir papa ! Bonsoir maman ! J’ai fait aussi vite que j’ai pu ! Je m’excuse, j’ai déjà causé assez de tort et je viens vraiment en paix ! Je peux déjà vous rassurer qu’il n’y a pas de problème, je prendrai toutes mes responsabilités envers l’enfant à naître et je…

-Je t’ai bien écouté !

Le père de Stef, visiblement agacé par mes douces paroles, a tôt fait de me couper la parole ; j’ai laissé faire, d’ailleurs avais-je le choix ? Non !

-J’ai bien écouté tes paroles ! Monsieur Roméo ! Ça fait plus de 5 ans ! Oui 5 ans que tu batifoles avec ma fille ! 5 ans que votre fille Micha est née ! 5 ans que tu ne fou rien ! Qui nourrit cet enfant ? C’est moi ! Qui paie l’école ? C’est moi ! Qui la soigne ? C’est encore moi !!! Aujourd’hui j’apprends qu’il y a un second bébé en route ! Vraiment si tu n’as pas le cran de me dire au fond ce que tu comptes faire je vais te prier de t’en aller !

-Je… je vous en conjure papa ! Je sais les torts que j’ai pu causer et vraiment je veux me rattraper !

-En faisant quoi ?

-Déjà j’aimerai que Stef vienne avec moi à Yaoundé, ainsi que Micha !

-Mais je dis hein ! C’est quel culot que tu es allé ramassé en route avant de venir ici ? Tu… tu te permets de te placer en face de moi et de me dire que tu veux que Stef monte à Yaoundé avec toi ! Que tu as fait quoi concrètement ? Dis-moi !

-Je… je…

-Tu dois faire les choses en bonne et due forme !

-C’est-à-dire que…

-C’est pourtant clair ! Tu demandes sa main et tout le reste ! C’est la seule et unique condition ! Ma fille n’est pas un objet que tu vas manipuler à ta guise et que tu jettes après ! Non ! Je refuse !

Confus et mal à l’aise, je sentais la sueur dégouliner à l’intérieur de ma chemise, et même à l’intérieur de mon pantalon ; la pression de ça ! Il me fallait un effort surhumain pour affronter ce balourd de père et lui faire comprendre ce que moi je comptais faire. Je me lève, tout transpireux et tout tremblant avant de prendre la parole ; si j’avais su que je venais de signer mon passeport vers la route qui mène vers le dépotoir je me serais tu…

-Papa ! En fait je pensais organiser ça d’une autre manière !

-Pardon ?

-Je disais que je pense que je peux faire les choses à manière !

Il ouvre ses yeux globuleux, regarde sa femme et me réitère sa question…

-Qu’est-ce tu veux dire par là ?

-Que je pense que Stef et moi nous nous organiserons en bonne et due forme et qu’il serait mieux qu’elle vienne d’abord vivre avec moi ! Comme ça les choses suivront naturellement et sans pression !

Son père s’est levé brusquement ; j’ai juste eu le temps de lever légèrement les mains pour le calmer qu’il m’avait déjà poussé vers la sortie…

-Sors d’ici !!! Vois-moi ça !!! Espèce de macrocéphale ! Un chien comme ça là ! Sors d’ici ! Va-t-en !!! Malhonnête ! Si je te revois encore rôder près de ma fille tu vas sentir le feu sur toi !!!

Je n’ose même pas décrire l’état dans lequel je me trouvais ; déjà qu’une fois éjecté à l’extérieur de la maison, j’ai dû emprunter un sentier qui menait directement vers la route principale ; je ne voulais pas affronter les regards du voisinage qui semblait avoir tout entendu ; je précise que la maison familiale des Stef n’avait pas de clôture ; il suffisait juste qu’une personne élève la voix pour qu’on l’entende à dix mille lieues de là…

Je me suis épongé le visage, j’ai regardé en arrière et je suis parti, la queue entre les jambes.

De retour chez mes parents, je me suis enfermé dans la chambre. Je digérais encore cette défaite face à ce père immonde et grossier. J’avais l’intention de regagner Yaoundé le lendemain. Il était 19h quand on m’a fait comprendre que Stef était là.

-Tu es venue faire quoi ? Tu as eu ta revanche non ? Lui ai-je demandé tout nerveux.

-Excuse-moi ! Tu connais mon pater ! Mais en même temps je n’avais le choix ! Je ne peux plus vivre comme ça ! Mon père aime quand les choses se font correctement ! Il n’a pas tort quand il dit que tu ne fais rien ! Même de ta fille tu ne t’en occupes pas !

-J’ai voulu lui faire comprendre que je voulais rattraper les choses ! Tu sais ce que j’ai vécu, ma maladie et tout ça !

-Roméo ! Si tu m’aimes, on doit faire les choses convenablement ! Est-ce que tu veux être avec moi ?

-Bien sûr que si ! Et toi ?

-Si je ne t’aimais pas je n’aurai jamais supporté les c***eries que tu faisais avec l’autre fille !

-C’est du passé ! Je ne suis plus comme ça !

-J’essaie de te croire ! Parce que je porte ton enfant, le second ! Si tu ne fais rien je vais te quitter !

-Raison pour laquelle j’ai accepté de le rencontrer… ton père !!!

-Mais au fond il veut quoi mon père ? Hein ?

-Que je t’épouse !

-N’est-ce pas normal pour un parent de voir son enfant se marier en bonne et due forme ?

-Je sais ! Je sais tout ça ! Mais on ne me met pas la pression tu entends ? Jamais !!!

-Dans ce cas moi je ne suis plus là !

Elle s’est levée brusquement et elle est partie, sans regarder derrière.

Evidemment que je l’aimais aussi Stef ; je ne voulais pas la perdre ; bref j’étais partagé, entre le marteau et l’enclume ; mais ses parents ne me rendaient pas la tâche facile ; je voulais juste gagner en temps ; j’avais cette petite voix qui me guidait et me demandait de faire la part des choses.

En retournant sur Yaoundé, ma décision était prise ; Il suffisait juste que je parle à Adissa d’une manière ferme et directe, et peut être une partie de mes problèmes seraient peut-être résolus. J’ai donc attendu qu’elle rentre pour lui en parler…

-Adissa ! Il… il faut que tu te fasses avorter ! Je ne peux pas, c’est trop lourd pour moi !


**Adissa**

Je tombais des nues ; à entendre cette phrase venant de Roméo j’avais l’impression de revivre toutes mes souffrances passées ; je l’avais bien cherché quand même…

-Tu peux répéter ce que tu viens de dire ? Me… me faire avorter ?

-Je ne peux pas gérer tout ça à la fois ! C’est trop de pression !

-Mais de quoi tu parles ? D’abord tu pars à Douala contre ma volonté, et ensuite tu me balances cette phrase comme ça ! Je viens de me rendre compte ! Tu es toujours avec elle… Stéphanie ! Tu me mens depuis le début !!!

-Adissa ! Ecoute-moi !!!

-Fou-moi la paix ! Donc la grossesse dont tu parles là, c’est de toi !!!

-Non !!! Elle m’accuse tout simplement ! Je n’étais même pas ici au pays quand elle l’a chopé ! Mais je dois d’abord gérer ça, avant de pouvoir encaisser une autre grossesse comme la tienne ! Voilà pourquoi !

-Justement tu n’étais pas ici quand elle est tombée enceinte ! Et pourquoi elle t’accuse ? C’est vraiment louche tout ça ! Ça va comme ça !

-Ecoute je ne veux pas que tu me quittes pour ça ! Non ! Fais comme je te dis là, et on sera bien !

-Laisse-moi tranquille ! C’est terminé !

Encore une fois je venais de rompre avec lui ; je portais son enfant, un enfant que lui-même ne voulait pas ; mais il était hors de question que je me fasse avorter, quitte à ce qu’on se sépare ; et je pense que c’était ce qu’il y avait de mieux à faire.

A trois mois de grossesse, les conditions dans lesquelles je travaillais ne me permettaient pas de gérer mon état ; j’ai dû arrêter brusquement le travail ; on n’acceptait pas les femmes enceintes. J’alternais donc entre la maison et l’hôpital ; et jusqu’ici je n’avais pas de nouvelle de Roméo. Je me refusais de chercher à savoir, tant ma déception était grande. Un jour je reçois un message de sa sœur Irène m’informant que Roméo serait en prison, au CED…

-Seigneur !!! Au CED ? Il a fait quoi ?

-Il aurait abandonné son ex Stéphanie ! Alors avec ses parents, ils ont monté un coup pour qu’on l’arrête ! Apparemment il ne voulait plus d’elle ! Il m’a dit qu’il t’aime toujours et qu’il regrette ses actes ! Moi-même je l’ai bien grondé ! Comment il peut se comporter comme ça ?

-Je suis trop déçue Irène ! Il m’a carrément demandé de me faire avorter ! J’ai refusé ! Je ne sais même pas quoi dire à mes gens ici ! Pour le moment je leur ai dit que Roméo est en mission hors du pays ! Mama ! La vraie honte !

-Je te comprends ma sœur ! Mais si tu peux encore espérer ! Je te le demande en tant que femme et amie ! Donne-lui encore une chance !

-Je ne peux pas ! Il a rejeté son propre enfant !

-Est-ce qu’il a alors le choix ! Avec toute la pression là ! Il risque gros en prison ! Et s’il se retrouve avec ta grossesse à gérer et tout ça c’est compliqué !

-En gros tu me demandes aussi de me faire avorter en quelque sorte !

-Je ne t’exige rien ! Je dis juste que sa situation est bien trop compliquée déjà ! Comment vous allez faire pour l’élever ce bébé !

-La situation est compliquée cause de lui-même ! Il m’a menti qu’il n’était plus avec Stéphanie, alors que si ! Et pour couronner le tout, elle aussi est enceinte de lui ! Il a préféré se…

-Il a coupé les ponts avec tout le monde de ce côté ! Il n’est plus avec elle !

-Si Roméo n’accepte pas l’enfant que je porte ce n’est pas la peine !

-D’accord je lui dirai ! Mais tu sais qu’il a fait une demande d’exil ?

-Exil ?

-Oui ! Bref on attend voir ce que ça va donner ! Je voulais juste t’en informer et te dire que tu lui manques beaucoup ! Ils vont l’envoyer à Douala, à la prison de New Bell !

Un mois après, j’ai appris que Roméo est descendu à la prison de New Bell ; il a souhaité que j’aille le voir, mais je n’en ai nullement eu l’envie. Nous n’avons fait que communiquer par messages uniquement ; il me jurait par tous les moyens qu’il était prêt à recommencer avec moi…

-Adissa ! Stef m’a mis dans de sales draps ! Elle concocté un plan avec son père pour me jeter en prison ! Je t’assure ! Mais j’ai tourné la page ! C’est terminé ! Je suis prêt à m’occuper du bébé, notre bébé ! Si tu le veux bien aussi ! Il… il faut juste que je sorte de cette prison ! Nous sommes en pleine négociation pour qu’on me libère ! La seule chose que je te demande c’est de m’attendre stp ! Pour l’amour de cet enfant qui est aussi le mien !

-Ok !

C’est tout ce que j’ai répondu ; je voulais qu’il fasse encore ses preuves, et en toute franchise je me voyais mal vivre cette grossesse sans la présence de son géniteur. La chance ayant joué en sa faveur, on a fini par le relaxer ; il était donc libre, mais sans travail, tout comme moi.

On a fini par se remettre ensemble ; je savais qu’il serait facile pour lui de trouver un nouvel emploi, vu son profil de carrière ; il était ingénieur de formation. L’appartement dont on avait avancé l’argent pour les travaux n’était toujours pas prêt. Faute d’argent et sans travail nous avons quand même fini par l’intégrer. Nous dormions sur un matelas étendu au sol ; lui il se battait également pour trouver un nouvel emploi ; on tentait de vivre comme on pouvait, mais en fait on survivait ; il nous est arrivé à plusieurs reprises de manger du riz sec sans sauce, ou encore des pommes de terre cuites à la vapeur sans accompagnement ; sans oublier mes visites régulières à l’hôpital.



Les choses ne se passant pas comme prévu pour lui, Roméo a commencé à développer une sorte de psychose ; il s’emportait pour un rien ; plus rien n’avait d’intérêt pour lui ; il pouvait lui arriver de hausser le ton et de s’en prendre à moi verbalement…

-Tu me grondes comme ça pourquoi ? Tu oublies que je suis enceinte ? Ne me cries plus dessus ! On se démerde comme on peut !

-Bon ! Je sors prendre l’air !

Deux heures de temps après son retour, il semblait plus calme.

-Demain j’ai la visite à l’hôpital tu m’accompagnes non ?

-Je ne pourrai pas ! Je dois aller chercher du boulot ! J’ai rendez-vous ! Tu iras sans moi cette fois ci ! J’ai rendez-vous avec un des responsables de l’entreprise dont je t’ai parlé !

-Ok ! Pourvu que ça morde !

-Prie pour moi !

Le lendemain après ma visite, je me sentais si épuisée, et en plus de la chaleur éprouvante, j’avais de la peine à trouver un taxi ; c’est alors que je vois un véhicule se garer devant moi...

-Bonjour mademoiselle ! Je peux vous déposer ?

-Merci vous êtes bien gentil ! Mais…

-N’ayez crainte ! Avec votre état je ne pense pas que vous pourrez tenir trop longtemps ! En plus avec cette chaleur !

J’ai fini par accepter ; j’ai pris la peine de lui indiquer la maison ; je ne craignais rien, vu qu’il n’y avait rien.

-Voilà ! C’est ici que j’habite ! Vous pouvez me déposer ici !

-D’accord ! Aller ! Portez-vous bien !

-Merci ! Au revoir !

Une fois descendue, Roméo se trouvait net à l’entrée du portail de l’immeuble…

-Eh ! Roméo tu es déjà là ? Comment s’est passé ton entrevue ?

-Mal ! Je t’attendais ! Mais je vois que tu t’es fait galamment accompagnée ! C’est comme ça maintenant ?

-Ekie ! Il y a quoi ! Je ne le connais même pas ! Il m’a vue à la sortie de l’hosto et il a eu pitié de moi ! C’est quoi ? Il y a quoi ? Il n’y a rien !

-Ok ! Rentrons !

Une fois à l’intérieur, le visage de Roméo s’est immédiatement décomposé…

-Tu vas me dire qui c’était Adissa ! Tu veux déjà me mépriser ? Comme moi je n’ai rien !

-Weee Roméo il n’y a…

Je n’avais pas vu celle-là venir, je pouvais tout imaginer, mais pas ça.

-Je vais t’apprendre à être respectueuse ! M’interrompt-il.

Je l’ai vu se diriger vers la cuisine, puis revenir avec la machette ; eh ah !!! il n’a pas tenu compte de mon état qu’il m’a infligé de sérieux coups avec le côté plat de la machette. C’est ainsi que j’ai connu la violence physique pour la première fois. Pour un rien Roméo s’en prenait à moi, il me frappait ; il me giflait, qu’importe le lieu où nous nous trouvions ; il lui est arrivé de m’assener deux bonnes baffes en pleine route.

Malgré cette souffrance je ne me plaignais pas ; je me relevais la tête haute ; je cachais mon malheur et mon désarroi à tout le monde. Quand il sortait, je restais faire le ménage, la cuisine, la lessive et le repassage ; quand il rentrait, il n’était jamais satisfait…

-Mais Adissa ! Je dis hein ! Où as-tu appris à laver les habits ? Nooon c’est trop sale !!! Tu me méprises c’est ça ? Hein !!! Tu veux que je te montre comment on lave et on repasse ?

-Je vais relaver ! Ne me frappe pas pardon ! Je… je vais relaver !

-Tu as intérêt ! Vois-moi ça ! Tu crois que quand je sors là c’est pour me pavaner ? Je souffre là dehors et toi… tu ne fous rien !!!

A bout de souffle, et si mal en point j’ai pris la décision ultime de le quitter ; il venait de renter un après-midi ; je venais de faire ma valise…

-Où vas-tu ?

-Je retourne dans ma famille ! Au moins eux ils ne me feront pas de mal ! Je ne peux plus supporter ! C’est terminé !

-Quoi ?

-Je préfère qu’on en reste là Roméo ! Je ne suis pas celle qui fera ton bonheur ! Je pars ! Tu n’es plus le même ! J’ai toujours tout accepté venant de toi ! Mais le fait que tu portes la main sur moi, ça me fait peur ! Je vais chez ma sœur ! C’est fini !

Roméo s’est mis à genou et il s’est mis à pleurer…

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