08/01/2020
LES TOURMENTS DE L'AMOUR
Chapitre 10 :
Intriguée, j’ai d’abord cru que Roméo simulait ; mais lorsque que j’ai vu les larmes ruisseler le long de ses joues, j’ai fini par baisser la garde…
-Pardon ! Pardon ! Implorait-il. Je ne me rends même pas compte de ce que je suis en train de devenir ! Un bourreau, ton bourreau ! Je souffre de ne pas pouvoir trouver un emploi ici dehors ! Et toi tu es toujours présente ! Ton amour je ne le vois même pas, alors qu’il est là ! Tu es toujours là ! Non ne pars pas Adissa ! Reste stp ! Je ne porterai plus jamais la main sur toi !
-Je reste si et seulement si tu ne me frappes plus !
-Je ne le ferai plus ma chérie !
Deux mois après, Roméo a enfin trouvé un emploi ; tout semblait aller pour le mieux ; il m’accompagnait tant qu’il pouvait à l’hôpital et m’aidait souvent à la maison quand je ne me sentais pas apte à faire quoi que ce soit. Puis un soir il a fait une crise d’épilepsie qui l’a cloué au sol pendant de longues minutes. J’ai dû appeler du renfort afin qu’on le conduise aux urgences.
Au final les soins n’ont rien donné ; Roméo s’affaiblissait à vue d’œil, et ne parvenait pas souvent à se mouvoir. Quand il vomissait par exemple, je traînais mon long ventre et je nettoyais tout ; je l’aidais à faire sa toilette et tout le reste. C’était la panique totale. Nous nous sommes tournés vers l’indigénat ; le fait qu’il soit si assidu de ce côté commençait à porter ses fruits. Le jour même où je perds les eaux, Roméo est en pleine séance de guérison ; informé, il fait vite rappliquer. J’ai fini par pousser l’ultime cri pour faire extirper le bébé ; quand je l’ai tenu dans mes bras, j’ai été émue jusqu’aux larmes…
-C’est mon bébé ! C’est mon fils ! Notre fils ! Tiens ! Roméo ! Prends-le ! C’est ton fils !
-Je veux bien le tenir ! Mais là je ne peux pas ! Tu sais que je sors d’une séance de soins ! On m’a interdit de le toucher à sa naissance !
Eberluée, je l’ai regardé sans plus rien en rajouter…
-Mais ne t’inquiète pas ! Dès demain ça sera possible
Ma famille était présente ; ma mère a pu faire le déplacement depuis le village pour venir m’assister, bien qu’elle ne dormait pas chez nous ; vu l’état de notre appartement, il y avait de bonnes raisons de ne pas avoir envie d’y rester, ne serait-ce qu’une seule nuit ! Mes sœurs quant à elles faisaient la ronde permanente, ainsi que la famille de Roméo ; seule son autre sœur Albertine est restée avec nous ; elle a eu le cran de nous dire qu’elle crècherait chez nous…
-Albertine ! On n’a pas encore bien aménagé et…
-Je vais dormir au sol, ça ne me dérange pas ! Je ne mettrai pas long !
Roméo et moi on s’est regardés discrètement, avant de passer à un autre sujet, celui du nouveau-né. Au bout de trois jours Albertine a abdiqué…
-Yeuch !!! J’ai mal partout ! Bèta je rentre ! Euh… Adissa il faut même que je te cause !
-Oui Albertine ! Je t’écoute !
-Vraiment la situation dans laquelle je vous vois ne m’arrange pas du tout ! Voilà le bébé vous allez faire comment ? Je rentre finalement dans une semaine !
-Il est déjà né et on va faire avec ! On va se débrouiller !
-Nooon !!! C’est impossible ! Ecoute je suis en train de faire mes papiers pour aller en Europe ! Donc je peux vous proposer de l’amener avec moi ! Ça va vous alléger la tâche ! Et en plus tu es encore jeune ! Tu auras le temps d’en faire d’autres !
-Sauf le respect que j’ai pour toi Albertine ! C’est mon enfant et rien, ni personne ne pourra me séparer de lui ! Je suis désolée ! Je refuse !
-Ok ! Bon c’est vous qui voyez ! Ne pleurez pas après !
Le lendemain, et contre toute attente, Albertine a plié bagages et elle est partie très tôt, sans crier gare…
Nous avons prénommé notre fils Warrick Ndoumbe; à trois mois bien sonnés il était en forme et faisait notre joie et notre bonheur. Par contre, la santé de Roméo n’étant toujours pas au beau fixe, nous avons tout essayé ; entre tradi-ptraticien, maisons de prières et autre, je le soutenais comme je pouvais et je priais sans cesse pour lui, tout en m’occupant de notre enfant…
-Je ne comprends plus rien Roméo ! C’est de mal en p*s ! A l’hôpital ça ne donne plus rien !
-Je me sens vraiment mal Adissa ! Il… il faut qu’on trouve une solution !
-Mes sœurs m’ont recommandé un prêtre là ! Il paraît qu’il est fort !
Ma sœur aînée m’a donc mise en contact avec un prêtre de la paroisse qu’elle avait l’habitude de fréquenter ; selon elle il avait la latitude soigner uniquement par les prières…
-Vous allez-voir ! Me dit-elle. Il opère des miracles, rien que par les prières ! Il faut que ton gars ait seulement la volonté ! Il doit faire ce que le prêtre lui dira, sinon c’est mort !
-D’accord ! Tu penses qu’il peut le soigner en combien de temps ?
-Tout dépend de son mal ! Chez certains ça prend quelques jours ! Et chez d’autres ça peut aller jusqu’à un an !
-Ehhh !!! Pourvu que ça prenne moins de temps !
Roméo n’a pas eu le choix ; son espoir de recouvrer la guérison par ce canal l’a poussé à se plier à toutes les exigences liées aux recommandations du prêtre. Il n’était que l’ombre de lui-même, et il savait que la mort le guettait.
Roméo a finalement perdu son travail à cause de sa maladie ; n’ayant plus assez de moyens pour payer le loyer, le bailleur nous a sommés de libérer les lieux ; il n’a tenu compte ni de l’état de Roméo, ni du mien, avec un bébé sous le bras. Il nous fallait trouver un autre logement, mais plus n’avions plus rien.
-Vous pouvez venir rester chez moi pour quelque temps ! Propose Bernadette ma sœur aînée. La maison est grande, il y a assez d’espace ! On vous donne la dépendance, le temps que Roméo guérisse et trouve un nouvel emploi !
Ma sœur et son mari venaient d’aménager chez eux, une villa nouvellement construite ; j’ai fondu en larmes dans ses bras quand elle m’a fait la proposition de nous offrir l’hospitalité…
-Snif !!! Je ne sais pas comment nous aurions fait je t’assure ! Il… il a encore perdu son boulot ! Et moi et le bébé ce n’est pas facile !
-Oui je sais ! Donc la dépendance est là vous pourrez l’occuper, même comme c’est vide ! Il n’y a aucun meuble !
-C’est déjà l’essentiel ! Pour le reste on va se débrouiller comme on peut !
-Mais je dis hein ! Ses gens à lui sont où ? Comment il est malade comme ça et personne ne réagit !
-Je sais que je vais te dire quoi ? Ils sont pourtant au courant qu’il est malade ! Mais personne, je dis bien, personne ne lève le petit doigt !
-Caaaa !!! Quelle famille !!! A propos, le prêtre vous attend demain !
-Oui je sais ! Il… il nous a dit que le traitement va durer un an !
-Préparez-vous ! Et armez-vous de courage et de patience !
Un an plus t**d…
C’est ce que nous avons fait ; nous avons fait preuve de patience et de courage, mais aussi de persévérance, surtout dans la foi ; tout cela a duré près d’un an. Un an au bout duquel, les résultats ont pu enfin porter leurs fruits ; Roméo était complètement guéri, et immédiatement après, il a pu trouver un autre travail…
-Je crois qu’avec les prières intenses, le Seigneur est très présent dans nos vies ! Me suis-je exclamée ce matin-là alors qu’il était en train de nouer sa cravate.
-Je ne te le fais pas dire chérie ! Je reviens des ténèbres ! Maintenant que tout va bien nous repartons encore de zéro, avec l’esprit plus tranquille et libre.
Je n’en demandais pas plus, lorsque ce matin-là je le regardais se préparer pour son boulot ; pour la première fois depuis plusieurs mois, j’essayais de sourire, même si je n’étais pas tranquille… il rentrait très souvent à pas d’heure et trouvait tout un tas d’excuses pour rester aussi longtemps avec ses amis et collègues ; il lui est même arrivé de partir souvent en week-end à l’intérieur du pays ; j’étais persuadée qu’il s’agissait uniquement du travail et rien d’autre.
Un jour alors qu’il était parti pour une autre ville, il m’a fait comprendre qu’il en avait pour longtemps…
-Chérie ! Je ne rentre plus comme prévu !
-Comment ça ? Tu ne rentres pas ce dimanche ? Tu bosses lundi !
-Oui on a prolongé notre séjour ici à Kribi ! Donc…
-Et tu rentres alors quand ?
-Mercredi prochain !
J’ai tout simplement gobé, sans rechigner. A son retour il était de très mauvais poil ; il faisait tout pour me faire culpabiliser moi, et se donner des raisons d’agir de la sorte, sans oublier ses remarques vraiment désobligeantes à mon égard…
-Hum ! Comment tu es naze comme ça ce matin ? C’est toujours le même kaba sale de la veille que tu portes ? Vraiment vous les femmes hein !
-C’est un autre kaba que je porte ! Je ne suis pas une femme sale !
-Ah ! Je faisais juste la remarque !
-Tu veux dire que je me néglige ?
-Je n’ai rien dit ! J’ai juste dit que tu devrais faire plus attention à toi !
-Mais je me bats avec ce que j’ai ! Tu ne me donnes rien ! Je dois faire comment ?
-Et c’est moi qui t’ai demandé de chômer ?
-Je ne t’ai pas dit l’autre jour que je suis en train de chercher du boulot ? C’est même quoi avec toi ? La terre ne tourne pas toujours autour de toi je te rappelle ! Tout pour toi et rien pour les autres !
-Bref ! N’extrapolons pas ! Je faisais une remarque c’est tout ! Ne te négliges pas ! Je suis un homme ! Et le dehors là est plein de…
-Fiche-moi le camp avec ça !
Il n’a plus rétorqué ; mais la suite a été pire que ce que j’espérai ; le soir venu, il n’est pas rentré ; nous étions un vendredi, la veille d’un week-end ; j’ai tenté de l’appeler, mais son numéro ne passait pas…
-Sa**ud !!! il est plus de minuit ! Maintenant il découche !
J’ai préféré garder mon calme et prier ; je ne faisais que ça d’ailleurs ; je remettais tout au Seigneur et je lui demandais de m’ouvrir les yeux et de me montrer la voie…
-Après tout ce que j’ai fait pour lui ! Il mourait ici ! Si ma famille n’était pas là, il serait perdu ! J’aurai pu l’abandonner, mais je suis restée, par amour !
Je commençais à prendre la mesure de la chose ; j’avais pourtant peur de vivre seule avec un enfant, sans la présence de son père ; j’avais peur de le quitter au fond, mais j’ai vraiment commencé à éprouver un sentiment de découragement.
Après un week-end passé seule à contempler les étoiles et à l’attendre, le bon monsieur est finalement rentré le lendemain vers midi ; au lieu de s’excuser, il n’a fait que me mépriser et me dénigrer ; j’ai passé tout ce moment-là à chercher à le comprendre, mais en vain…
-Non ! C’est toi qui me méprise Roméo !!! Après tout ce que je consens à faire pour toi ? Tu as le culot de m’insulter et de me dénigrer !
-C’est toi qui n’es pas fichue de t’afficher comme une femme capable et valable !
-Ah bon ? Même sortir on ne le fait pas ! Tu préfères te pavaner avec les autres ! Combien de fois j’ai surpris les messages, et les appels de tes bordelles ? Hein ? Combien de fois ! Tu préfères sortir avec elles au lieu de…
-Ça suffit je ressors même ! Tu m’étouffes ! Tu ne veux rien comprendre !!! A peine je rentre c’est comme ça que tu m’accueilles !
Il est sorti en claquant la porte ; mais cette fois-ci je ne suis pas restée calme ; Warrick notre fils était chez l’une de mes sœurs pour deux ou trois jours ; j’en ai donc profité pour le suivre ; j’ai enfilé un jean et un T shirt et je suis sortie…
Discrètement j’ai scruté aux alentours, puis je l’ai aperçu ; une voiture est venue se garer devant lui et il est entré ; j’ai couru pour héler un taxi en course…
-Suis-moi la voiture là pardon !
-Ok ! Madame ! Ça va coûter…
-C’est pas important ! Je vais payer !
Je n’étais plus en moi ; je respirais très fort ; et plus on avançait, plus je pouvais distinguer la silhouette de la personne qui conduisait… une femme ! Mon cœur n’a fait qu’un bon dans ma poitrine…
Ils ont bifurqué vers un hôtel, le plus huppé de la ville ; je n’ai fait qu’écarquiller les yeux lorsque je les ai vus descendre tous les deux et marcher bras dessus, bras dessous…
-C’est bon là madame ? Demande le taximan.
-Oui c’est bon ! Je vais descendre ! Je te dois combien ? !
-Non ! Attendez ! Ne partez pas !
-Ça ne te regarde pas ! Je vais les tuer tous les deux de mes propres mains !!! Comment il peut me faire ça !!! Comment…
-Madame la curiosité est un vilain défaut ! Rentrez l’attendre à la maison, sinon c’est vous qui allez…
-Laisse-moi ! Je descends !
Comme le ridicule ne m’a pas tuée ce jour-là ; je n’ai pas écouté le taximan ; je suis descendue en trombe et j’ai couru vers les deux amants…
-Roméo !!! Donc tout le cinéma là c’était pour ça ! Hein ? Réponds-moi !!!
-Chéri ! Qui c’est celle-là ? Demande la dame en question en me snobant proprement.
-Rien ma belle ! Ce n’est personne ! Je ne la connais pas ! Je ne sais pas ce qu’elle veut ! Rétorque Roméo.
Ils se sont retournés sans gérer le reste. Sidérée, je n’ai pas pu en placer une ; j’avais le cœur meurtri et j’étais si abattue ; en une fraction de seconde l’idée saugrenue de vouloir attenter à sa vie m’a traversé l’esprit ; j’ai fait demi-tour et je suis rentrée dans notre appartement ; j’ai pris un couteau pour en finir avec lui ; heureusement, je venais de le faire aiguiser il y a quelques jours avant pour l’utiliser en cuisine…
-De toutes les façons il va finir par rentrer et je vais le tuer de mes propres mains ! Je vais le tuer !!! Je vais le tuer !!! Ooooh !!! Nooon !!! Pourquoi ? Pourquoi ???
Je me suis effondrée à même le sol et j’ai pleuré de tout mon être ; j’y suis restée longtemps, assez longtemps pour parvenir à me maîtriser et à reprendre peu à peu mes esprits ; je crois en fait que le Seigneur me parlait et me donnait la force ; il me montrait la route et me faisait voir et comprendre que cet homme n’était pas pour moi.
Sur le coup je me suis levée et j’ai commencé à faire mes affaires. Jusqu’ici j’ai tout fait pour épargner ces détails de ma vie de couple à ma famille ; mais je crois qu’il était temps que j’ouvre les yeux et que je prenne la décision qui s’imposait. J’ai cessé de pleurer et je me suis mise à ranger calmement ; il pouvait m’arriver de prendre de petites pauses, de réfléchir et de me surprendre en train de parler toute seule, puis de reprendre la tâche…
-De toutes les façons il va s’éterniser dans les bras de cette p**e ! Il ne rentrera pas avant le matin ! J’ai tout le temps pour faire mes valises et m’en aller d’ici !
En cherchant certaines affaires qui se trouvaient dans sa penderie à lui, je fini par tirer un vêtement ; aussitôt un cahier tombe…
-C’est quoi ça ? Depuis quand il cache les cahiers sous ses habits !
Je le ramasse et je l’ouvre…
-Qu’est-ce que… c’est… mais c’est un cahier de femme ! Rien qu’à voir l’écriture ! Oh mince ! Il y a le nom écrit dessus ! « Journal intime, appartenant à Stéphanie ».
Je prends la peine de m’assoir et de l’ouvrir ; au fur et à mesure que je parcourais les lignes de ce cahier, je crois que j’ai manqué de suffoquer à chaque fois ; c’est comme si j’étais dans un rêve et que je venais d’être happée par la réalité…
Stéphanie n’a pas manqué de détailler à peu près les circonstances de sa vie de couple avec Roméo…
-Roméo ! Oh mon Roméo !!! Dit-elle dans les écrits. C’est l’amour de ma vie ! L’unique personne au monde pour qui je souffre tant ! On se connait depuis très longtemps ! Je lui ai donné une fille qu’il ne regarde même pas ! Mais malgré tout je l’aime ! Tout le temps que nous avons passé ici à Douala il n’a pas cessé de me dire qu’il va changer et que jamais on ne se séparera ! Mais il me trompe et je le sais ! Cette fille… Adissa ! J’ai même fini par m’y habituer ! Il m’a dit qu’elle n’est qu’un passe-temps et que pour se débarrasser d’elle, il dû lui faire comprendre qu’il est parti travailler en Côte d’Ivoire, le Gabon ! J’ai respiré un peu !
Au fur et à mesure que j’évoluais, mes yeux se voilaient…
-Roméo n’est donc jamais allé travailler à l’étranger ! Me suis-je exclamé. Tout ce temps-là il était avec Stéphanie !
Je continue la lecture du cahier de Stéphanie…
-Aujourd’hui c’est l’anniversaire de notre petite ; ouf ! Il a quand même fait un geste ; il a promis d’être plus présent pour elle, pour nous ! J’ose le croire quand même ! Mais je suis déçue de son attitude de l’autre jour… j’ai découvert qu’Irène sa sœur fantôme n’a jamais existé en fait ; ni même les messages de menaces que toutes les autres filles m’envoyaient, tout ça c’est lui l’auteur ! Roméo !!! Il se faisait carrément passer pour Irène et les autres ! Quel goujat ! Il m’a expliqué qu’il le faisait pour me tester ! Encore une fois je l’ai cru !
J’ai fermé brusquement le cahier et j’ai posé mes deux mains sur la tête…
-Ce n’est pas possible !!! Ai-je dit d’une voix si triste. Roméo se faisait donc passer pour Irène ! Je suis tombée où comme ça !!! Mon dieu !!! J’ai même peur de lire la suite !
Les mains tremblantes je prends mon courage à deux mains avant de continuer la lecture du cahier de Stéphanie…
-Aïe !!! J’ai mal ! Trop mal même !!! Roméo est au CED ! Qu’est-ce qui n’a pas marché ? Comment peut-il être aussi con ! J’ai croisé un de ses amis qui m’a avoué ce qu’il a fait ! Roméo a passé tout son temps à voler dans les appartements des gens ! Il détenait les clés de tous les appartements d’un immeuble qu’on lui aurait confié en tant qu’agent immobilier ! Il a de ce fait eu l’audace de pénétrer dans chaque appartement et de dérober des bijoux, de l’argent, des appareils, et que sais-je encore ? Seigneur !!! Mais où suis-je ! Dans quoi me suis-je fourrée ! En plus de ça je suis encore enceinte de lui ! Mais mon père lui a dit ses quatre vérités ! Moi je ne suis plus là ! Je démissionne ! Qu’il reste avec sa sorcellerie !!!
Je referme un instant le cahier, je ferme les yeux…
-Je suis en danger ! Seigneur ! Je te remercie de me guider ! Il faut que je parte d’ici ! Me suis-je dit. Il est capable de me faire du mal ! Stéphanie a compris ! Elle a fini par couper les ponts avec Roméo ! C’est elle qui a compris !
Moi je n’avais pas compris, ou alors je refusais de comprendre, je jouais les aveugles et je croyais dur comme fer à cet amour destructeur ; j’étais amoureuse, mais en même temps plongée dans une tourmente sans fin…
En sortant de l’appartement, j’ai lancé un dernier regard dans la pièce, et avec un dégoût, je l’ai refermée et je suis partie…
Ça fait 6 mois que je suis partie vivre chez ma sœur Bernadette ; je tente de me relever, mais ce n’est pas chose aisée ; je déprime, je suis tout le temps triste ; je n’ai pas encore pu me trouver un emploi, parce que je n’ai plus goût à rien…
-Adissa ! Adissa lève-toi ! Aller ! Ce n’est pas la fin du monde ! Tu as fait un mauvais choix c’est tout ! Tonne ma sœur.
Je ne l’écoute que d’une oreille ; je me sens si lasse et j’ai envie d’en finir avec tout ça. Le pas lourd je me dirige vers la salle de bain et en voyant mon reflet dans le miroir, j’émet un rictus qui en dit long…
-Ooooh ma chère !!! Tu n’es plus que l’ombre de toi-même !!! Regarde-toi !
J’ai perdu ma fraîcheur, ma beauté, tout ; je ne sais plus prendre soin de moi, parce qu’avant j’ai passé mon temps à mettre toute mon énergie sur un pervers narcissique. Roméo est plusieurs fois revenu s’excuser ; il m’a supplié de revenir avec lui ; mais je n’ai eu que du dégoût pour sa personne ; ma famille en a été informée et on la sommé de ne plus s’approcher de moi ; il dit qu’il est plein de regrets, et qu’il a fait une erreur…
-Bla bla !!! Le même baratin ! Qu’il me fiche la paix ! Je ne veux plus jamais ! Jamais le sentir !!!
Tous les soirs dans ma chambre je sombrais dans la déchéance ; j’avais un de ces mal être qui me dominait en permanence, si bien que j’ai vraiment voulu attenter à ma vie… une nuit je me suis levée, en robe de chambre ; les cheveux en bataille que je n’avais pas lavés ni peignés depuis une décennie ; je suis sortie et je me suis dirigée vers le magasin qui se trouve à l’arrière de la maison, dans le but de chercher n’importe quoi, une corde peut-être…
-Une corde ! Ça …ça pourra faire l’affaire !
-Ma… man !!!
Je sursaute et je me retourne…
-Hein ? Tu… tu fais quoi là ?
-Maman ! J’ai peur ! Veux dormir avec toi ! Me laisse pas seul !
C’était Warrick mon fils ; mais qu’est-ce que j’étais en train de vouloir faire ? J’avais l’air bien c***e ; j’ai immédiatement jeté la corde et j’ai couru vers lui ; je l’ai pris dans mes bras et je me suis rendue compte de la chance que j’avais ; mon fils ; le seul être qui pouvait encore me donner envie de vivre…
-Je te demande pardon mon bébé ! Je serai toujours là pour toi ! Maman déprime, mais je crois que ça va aller ! Je te promets que désormais je me battrai pour toi, pour moi, et pour nous !
De nos jours… cinq ans plus t**d…
-Mlle Dassi Adissa ?
-Oui c’est bien moi !
-Voilà c’est ici que vous recevrez les jeunes filles en difficulté !
-Ah d’accord merci beaucoup ! C’est vraiment très beau !
-Oui ! On s’est dit qu’en mettant le paquet, vous vous surpasserez ! Vous êtes la meilleure ! Ces jeunes filles ont besoin de vos conseils ! Nous savons par quoi vous êtes passée !
-Je ne vous le fait pas dire !
-Bon ! Je vous laisse, le temps de vous familiariser avec les lieux !
Elle me fait un sourire amical et me laisse seule dans cette pièce…
Cinq ans ont passé ; cinq bonnes années où j’ai appris à me relever et à panser mes blessures ; aujourd’hui je peux dire que je suis une femme accomplie ; rien n’est totalement parfait, mais je me sens bien ; je suis toujours célibataire, à 29 ans, contrairement à mes sœurs qui sont toutes mariées aujourd’hui ; Mireille s’est mariée il y a de cela deux ans ; mais je me sens heureuse et comblée ; j’ai une vie, j’ai un travail ; j’ai un appart, une voiture et j’éduque mon fils âgé aujourd’hui de 6 ans ; je l’élève seule, sans son père ; il ne s’est plus jamais occupé de lui ; Warrick ne le connaîtra peut-être jamais, mais je fais tout pour qu’il sache qu’il avait un père et où se trouvent ses racines.
J’ai juste évité de lui dire où ce dernier se trouve actuellement… dans un asile de fou ! Eh oui ! Roméo, après m’être séparée de lui, il s’est mis avec une autre fille ; mais il ne savait pas que le destin allait s’acharner sur lui ; cette dernière lui en a fait baver ; déçu, il a fini par comprendre que moi je l’aimais et que je me suis beaucoup sacrifié pour lui ; il s’est rendu compte que j’étais une fille bien ; il s’est retrouvé encore paumé, malade et il a fini par piquer une crise de folie ; il a été interné au centre Jamot, avant d’être transféré dans un centre à Efoulan où on suit les malades mentaux.
A part mon travail, je viens souvent donner un coup de main ici dans ce foyer pour jeunes en difficulté ; le directeur Monsieur Mouamba Gilles apprécie bien mon coup de pouce…
-Je ne saurai vous féliciter pour ce que vous faites ici !
-Merci monsieur, je fais ce que je peux pour aider surtout les jeunes filles en mal dans leur peau et qui ne se retrouvent pas !
-Tout à fait ! J’ai suivi votre témoignage dernièrement et je tenais à vous dire que je suis fier de vous !
-Ca n’a pas été facile ! Mais je m’en suis sortie !
-C’est l’essentiel ! Vous êtes brave, courageuse, battante !
-Je vous remercie ! Bon ! C’est mon heure je vais devoir m’en aller ! Je retourne à mon boulot ! Passez une bonne journée !
-On peut se tutoyer tu sais !
-D’accord pas de soucis !
-Si tu as besoin de quelque chose n’hésite surtout pas à m’en faire part !
-C’est très gentil de ta part !
-Porte toi bien Adissa !
-Toi aussi ! A demain !
Je sens son regard pesant sur moi ; je ne suis pas dupe ; ça fait bien des mois que je viens ici et que je remarque son attitude envers moi ; il y a longtemps que je ne m’emballe plus pour ce genre de chose ; je laisse faire la nature ; j'ai peur de refaire confiance à un homme, mais je sais qu'un jour mon homme diamant viendra vers moi et fera de moi sa femme, me rendra heureuse, et peut-être me fera oublier mon passé ; mais pour le moment, je profite de la vie et de ce que le Seigneur m’a donné.
FIN
MERCI à notre chère lectrice d'avoir bien voulu partager avec nous ce témoignage.
On se dit à très BIENTÔT pour une nouvelle aventure. KISS !