20/12/2025
💫Dernier épisode de notre série 20 désanm : une image qui cachait… un billet de loterie.
La scène est célèbre : la Danse des Noirs sur la place du Gouvernement. Elle nous permet d’assister au premier 20 décembre célébré à La Réunion, après la proclamation de la liberté.
À l’origine, l’image est réalisée par Adolphe Martial Potémont. Puis, au fil des tirages, Louis Antoine Roussin, reprend la scène, la redessine et impose progressivement sa version. Résultat : la mémoire retient surtout Roussin…et Potémont passe dans l’ombre.
Mais la lithographie de Potémont cache un élément essentiel. Au début de son édition, elle sert de billet de loterie.
Potémont a d’abord peint un tableau monumental (3,50 m x 2,50 m), comparable par ses dimensions à la “Liberté guidant le peuple” de Delacroix. L’historien Henri Azéma (Histoire de la ville de Saint-Denis de 1815 à 1870, 1926) raconte : « Un jeune peintre, M. Potémont, fixa sur la toile cette scène bruyante de “la danse des noirs sur la place du Gouvernement”. Le tableau […], resta quelque temps exposé dans la salle de la mairie. »
Pour populariser la question de l’abolition et en faire un symbole partagé, une tombola est organisée. Le tableau est mis en jeu. La lithographie sert de billet de loterie. L’image devient alors un véritable outil de critique, de propagande et de contestation, comme ce qu’il se faisait en France vers 1830.
Détail clé : sur l’exemplaire conservé au Musée Léon Dierx, on lit en marge : « Cette lithographie devant servir de billet pour la loterie du tableau original dont elle est la reproduction, porte le numéro 102 – largeur 3 mètres 50 cent. Hauteur 2 m 50 c. »
Pendant longtemps, en recadrant l’image sur la seule scène de la place (sans la marge), on a supprimé cette mention.
Avec elle disparaissent deux informations majeures :
– l’existence d’un grand tableau du premier 20 décembre,
– la dimension politique de l’image, conçue comme support de loterie et outil de communication autour de l’abolition.
En regardant à nouveau cette lithographie, marge comprise, on ne voit plus seulement une « danse des Noirs » : on redécouvre un dispositif visuel et politique au coeur de la mémoire du 20 désanm.