28/05/2025
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𝐀𝐛𝐝𝐨𝐮𝐥𝐚𝐲𝐞 𝐀𝐬𝐜𝐨𝐟𝐚𝐫é, 𝐥𝐞 𝐬𝐜𝐮𝐥𝐩𝐭𝐞𝐮𝐫 𝐝’𝐨𝐦𝐛𝐫𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐬𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞𝐬 𝐨𝐫𝐢𝐠𝐢𝐧𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐆𝐚𝐨
Des grains de sable au film, de la poésie aux images, Abdoulaye Ascofaré construit, depuis plus de quarante ans, une œuvre à la fois discrète et profondément engagée. Cinéaste qui murmure, poète de la retenue, il fait partie de cette génération exceptionnelle qui prête voix aux silences de l’Afrique.
Né le 20 avril 1949 à Gao, au bord du fleuve Niger et aux portes du désert malien, Abdoulaye Ascofaré incarne les vents du Nord et la mémoire de peuples oubliés. Rien ne le prédestinait à devenir l’un des pionniers du cinéma africain. Pourtant, grâce à sa persévérance et sa passion, il s’est imposé comme l’un des artisans les plus raffinés du cinéma malien moderne.
𝐔𝐧 𝐩𝐚𝐫𝐜𝐨𝐮𝐫𝐬 𝐟𝐚ç𝐨𝐧𝐧é 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐭𝐡éâ𝐭𝐫𝐞, 𝐫𝐚𝐝𝐢𝐨 𝐞𝐭 𝐜𝐢𝐧é𝐦𝐚
Il pénètre dans le monde artistique via le théâtre, avant de donner sa voix à la radio nationale jusqu’en 1978, devenant ainsi un transmetteur de récits et de culture. La suite de son parcours est marquée par l’enseignement : en tant que professeur à l’Institut national des arts de Bamako, il forme de jeunes talents à l’expression artistique, éveillant en eux le besoin urgent de raconter des histoires.
Mais c’est à l’étranger que son destin de cinéaste se précise. En 1984, il obtient son diplôme de l’Institut national de la cinématographie de Moscou, un lieu d’apprentissage rigoureux alliant exigence esthétique et engagement humaniste. À son retour au Mali, il rejoint le Centre national de production cinématographique de Bamako et y développe une œuvre rare, à la fois ancrée dans la réalité et ouverte à l’universalité.
𝐔𝐧 𝐜𝐢𝐧é𝐦𝐚 𝐝𝐞 𝐥’𝐨𝐫𝐝𝐢𝐧𝐚𝐢𝐫𝐞, 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐝𝐢𝐠𝐧𝐢𝐭é 𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐫é𝐬𝐢𝐬𝐭𝐚𝐧𝐜𝐞
À partir de 1991, Ascofaré réalise plusieurs courts-métrages empreints d’une précision et d’une délicatesse admirables, où chaque geste, chaque silence, chaque regard devient un acte de résistance. Ses films révèlent une Afrique intérieure, cachée, celle des femmes silencieuses, des hommes debout envers et contre tout, des traditions maintenues secrètement.
Puis vient "Faraw, une mère des sables" en 1997. Ce long métrage impressionnant illustre une journée dans la vie d’une femme songhaï, symbole de courage anonyme dans un monde exigeant, où la survie est une lutte continue. Ce film, à la fois aride et profondément humain, a remporté le Bayard d’or de la Création artistique au Festival international du film francophone de Namur, consacrant Ascofaré comme une voix unique et puissante du cinéma africain.
𝐔𝐧𝐞 𝐩𝐨é𝐬𝐢𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐞𝐬𝐬𝐞𝐧𝐭𝐢𝐞𝐥
Mais Ascofaré n’est pas seulement un homme d’images. Il est aussi poète. En 1976, il publie "Domestiquer le rêve", un recueil imprégné du souffle désertique et des vibrations de l’âme. Sa poésie, à la fois lyrique et discrète, résolument humaniste, dialogue avec son cinéma : même tension entre le visible et l’invisible, même quête de vérité, même réserve dans l’émotion.
𝐔𝐧𝐞 œ𝐮𝐯𝐫𝐞 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐜𝐫𝐢 𝐬𝐢𝐥𝐞𝐧𝐜𝐢𝐞𝐮𝐱 𝐞𝐭 𝐥𝐮𝐦𝐢è𝐫𝐞 𝐢𝐧𝐭é𝐫𝐢𝐞𝐮𝐫𝐞
Entre mots et images, Abdoulaye Ascofaré compose une œuvre patiente, façonnée comme une œuvre d’art. Dans un monde saturé de bruit et d’images éphémères, il privilégie la lenteur, le silence, la profondeur. Ses films et poèmes sont des havres, des espaces de réflexion, des hommages aux invisibles.
En mettant en avant les marges, en écrivant sur les non-dits, Abdoulaye Ascofaré maintient un art de la dignité et du souvenir. Il montre l’Afrique au plus près de sa vérité : ni folklorique, ni misérabiliste, mais infiniment humaine.
𝐅𝐢𝐥𝐦𝐨𝐠𝐫𝐚𝐩𝐡𝐢𝐞 𝐬é𝐥𝐞𝐜𝐭𝐢𝐯𝐞
• 1981 — Welcome
Premier pas cinématographique, ce film marque l’entrée discrète mais déterminée de l’artiste dans l’univers du septième art.
• 1983 — M’sieur Fane
Un récit tendre et rugueux à la fois, qui explore les liens fragiles entre les êtres, porté par une mise en scène sobre et sensible.
• 1984 — L’Hôte
Adaptation libre et poignante du texte de Camus, ce film interroge la solitude, la responsabilité et l’absurde dans un huis clos tendu aux confins du désert.
• 1990 — Sonatam, un quart de siècle
Un documentaire qui retrace vingt-cinq ans d’histoire de la Sonatam (Société nationale de tabacs et allumettes du Mali), entre mémoire industrielle et chronique sociale.
• 1997 — Faraw, une mère des sables
Portrait bouleversant d’une femme peule confrontée à la rudesse du désert et à l’oppression silencieuse du quotidien, ce film mêle humanisme et poésie visuelle dans un chant d’amour vibrant à la résilience féminine.
Œ𝐮𝐯𝐫𝐞 𝐩𝐨é𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞
• 1976 — Domestiquer le rêve (édition populaire)
Recueil inaugural, Domestiquer le rêve est une tentative lyrique de capturer l’indomptable : les espoirs muets, les visions nocturnes, les élans d’un cœur en quête de sens. Une poésie enracinée dans le réel, mais toujours ouverte à l’envol.
✍𝐏𝐚𝐫 𝐎𝐮𝐬𝐦𝐚𝐧𝐞 𝐀𝐛𝐲 𝐂𝐎𝐋𝐘 / À 𝐥𝐚 𝐜𝐫𝐨𝐢𝐬é𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐟𝐚𝐢𝐭𝐬 𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐥'𝐚𝐧𝐚𝐥𝐲𝐬𝐞