11/05/2026
Il y a dix ans, en été, nous avions sillonné à vélo le sud de l'Italie, sous une chaleur écrasante. Me reviennent en mémoire le calme de la place des villages traversés à l'heure de la sieste, les maisons de pierre blanche, les interminables champs d'oliviers vénérables, l'arrivée à Matera et ses habitats troglodytes fondus dans la colline, le sentiment d'un certain abandon...
Avec ce roman j'ai retrouvé cette atmosphère particulière, cette frontière entre le nord et le sud, étendue ici à l'histoire d'une famille sur plusieurs générations.
Francesco grandit à Milan et descend l'été rendre visite à son cousin Luciano, dans la région de la Basilicate. Chaque fois qu'il débarque, au milieu des odeurs de résine de chênes chevelus, de pâturages, de vieilles fermes écrasées de soleil, il renoue avec un monde ancien et familier.
《 J'étais davantage attiré par les millénaires qui nous avaient vus travailler la terre, que par les décennies de notre vie en ville. Il y avait au village une partie de moi-même, une chose que j'avais oubliée et qui s'efforçait à grand peine de remonter à la surface après la glaciation de l'hiver milanais. 》
Ce voyage régulier vers le sud le confronte à son histoire familiale, entre un oncle qui a a fait le choix de rester, et son père parti vivre dans le nord, bien décidé à s'affranchir de ces terres sèches et pauvres, où le dialecte est différent, où les croyances mystérieuses se propagent.
Ce cousin qu'il rejoint est d'ailleurs soupçonné de jeter le mauvais oeil et exerce une certaine fascination autour de lui, entre une piété religieuse affirmée, son attachement profond à ses champs d'oliviers, sa solitude farouche ... et peut-être une singularité que personne ne semble saisir.
Il serait dommage d'en dire plus et de dévoiler ce qui se jouera ce fameux "été du mauvais oeil" mais les sujets abordés y sont fort nombreux et se déploient au fil des pages avec beaucoup de finesse et de mélancolie.
"L'écriture a pour but de panser un adieu" écrit Giuseppe Catozzella et c'est tout à fait le sentiment qui me reste après avoir refermé ce très beau roman. Avec l'envie, aussi, de parcourir à nouveau les routes de la Basilicate.