30/04/2026
boky ~ 𝒍𝒊𝒗𝒓𝒆
« La Bible fut le premier livre imprimé en malagasy. Les missionnaires de la London Missionary Society assistés des “Roa ambin’ny folo lahy”, Douze-Hommes, les premiers lettrés dans le nouvel alphabet, ont élaboré aussi deux dictionnaires ; puis leurs successeurs produisirent une littérature de pasteurs, entre exégèse et leçon de morale. Aujourd’hui encore dans les librairies, aux côtés des livres en français, dominent, en malagasy, les livres à caractère religieux.
La littérature malagasy profane se développe dans des cercles d’auteurs qui se réunissent régulièrement pour partager poésies et nouvelles. Elle se diffuse ainsi en feuilleton ou en brochure-club. Les éditeurs demeurent frileux à cause, d’une part, de l’étroitesse du marché — la majorité des Malagasy vivent avec moins d’un dollar par jour — d’autre part, de la domination du français, langue d’enseignement, fortifiée par une large diffusion francophone.
Petit dernier d’un imprimeur, et asthmatique, j’ai toujours vécu entouré de livres. Il me revient des images de mon père à mon chevet qui me traduisait une bande dessinée, puis de sa tête quand je lui ai dit qu’il n’avait plus besoin de le faire. […]
Malgré tout, il me manquait des livres en malagasy. […] Le souvenir de cet enfant m’a poussé à orienter notre maison d’édition vers les livres bilingues. Avec mon épouse, nous avons partagé il y a quelques années ce point de vue lors d’une formation d’éditeurs à Antananarivo et je suis vraiment ravi de la floraison actuelle de livres bilingues pour la jeunesse.
Une amie m’a révélé récemment un aspect de la lecture — que je n’avais pas envisagé et qui explique pourquoi les livres ne font pas recette sur notre île : c’est une activité qu’on pratique le plus souvent seul. Ce qui va à l’encontre de notre esprit communautaire. Tant qu’il s’agit de lecture dans des cercles, de déclamations autour d’un feu, le succès est immédiat. Mais si vous vous écartez pour lire dans un coin, on s’inquiète, on vient vous demander si tout va bien. »
Extrait de 80 mots de Magagascar, Johary Ravaloson