18/01/2021
Ce monde est tellement beau et pourtant je ne le voyais pas !
Par l’effet de son immense générosité Sébastien Lapaque nous tend, à la manière proustienne, une sorte de verres grossissants « comme ceux que tendait à un acheteur l’opticien de Combray », ce roman grâce auquel nous est fourni le moyen de lire en nous-mêmes.
Lazare -est-ce bien un hasard- nous offre de mettre nos pas dans les siens pour parcourir, chacun à sa manière, son chemin de conversion. Comme dans l’œuvre de Dante le chemin sillonne l’enfer, le purgatoire, le paradis ; aussi la lande bretonne et le pavé parisien où tout y sent bon l’urgente nécessité de la vérité.
Qui cherche la vérité de l’homme doit s’emparer de sa douleur.
Lazare ôte petit à petit ce qui lui pèse, et c’est dans l’infiniment petit qu’il scrute l’amour. Il fait fi des postures qui entravent, il se rit des philistins, il avance vent de bout dans un univers de chute dans une quête inconsciente de sa propre rédemption.
Ce roman de l’amitié, des amours perdues et renaissantes amorce son œuvre par une stupéfaction : celle de Lazare qui découvre, un matin, que le monde est immonde.
L’immonde que seraient des élites méprisantes paresseuses et indigentes, la culture de masse, une certaine dépravation, la pauvreté du langage, l’ignorance crasse et la quête d‘un capitalisme total. Aussi, le « susurratio » identifié par Saint Thomas d’Aquin comme le péché le plus grave. « Susurratio » ; le la tin possède de ces puissances, de ces capacités, de ces grâces… « chuchoter », « semer la zizanie »… L’immonde -comme autant de cloisonnement- ; il gomme les horizons et le dépassement de soi.
Lazare est professeur d’histoire et de géographie, il aime l’espace et le temps ; son espérance d’abord ténue deviendra contagieuse.
La lueur infime de l’espérance s’intensifie au fil des pages, des amitiés et des rencontres. Les êtres qui parcourront ce roman seront bientôt des êtres de lumière sitôt qu’ils auront été débarrassés, et Lazare s’y emploie malgré lui, des médiocres qui emprisonnent, des fâcheux qui vous tuent à petits feux, des péremptoires, des acrimonieux.
« Ce sont les chrétiens qu’il faut convertir » claironne Lazare avant de pénétrer dans la lumière paradisiaque d’un monde où tous sont accueillis et qui est en effet infiniment beau.