10/10/2025
Nous continuons du coté du Genre urbain - Librairie notre cycle sur le fascisme avec ce livre formidable, “Contre les fascismes. Zeev Sternhell, un historien engagé” sous la direction de Pierre Serna, chez Folio.
Voici un petit extrait de l'article magnifique et émouvant de Philippe Gumplowicz, professeur émérite de l'Université Évry Paris-Saclay, qui nous montre, avec Zeev Sternhell, la nécessité de continuer de penser face aux événements les plus tragiques. Citation : "En 2018, la Knesset adopte la loi Israël, « État-nation du peuple juif ». Cette loi, à caractère consti-tutionnel, définit Israël comme « l'État-nation du peuple juif, précisant que le droit d'exercer l'auto-détermination au sein de l'État d'Israël est réservé uniquement au peuple juif ». Sternhell s'insurge. La réciprocité des droits et des devoirs est en cause et, à travers elle, la tension entre deux conceptions de l'être israélien celle qui est fondée sur l'égalité juridique et politique de ses citoyens et celle du peuple juif en tant que tribu. Une tension devenue vertigineuse en Israël, une fracture presque, votée par 62 voix contre 55 à la Knesset après sept ans de débat. Elle fait de l'hébreu la seule langue officielle du pays, alors que l'arabe avait auparavant un statut identique, du moins sur le papier. Elle précise que ce droit à « l'autodétermination nationale au sein de l'État d'Israël est exclusif au peuple juif ». L'extrême droite israélienne s'empresse d'interpréter cette loi fondamentale dans une vision tribale. Sternhell voit rouge, le nationalisme organique sur l'idée d'un Israël État du peuple juif et de ses citoyens semble l'emporter, à la satisfaction de Bezalel Smotrich. “On voit comment pousse sous nos yeux non pas un simple fascisme local, mais un racisme proche du nazisme à ses débuts” (Zeev Sternhell, Le Monde, tribune de février 2018)
On ne peut que s'interroger sur ce qu'il aurait pu penser de la présence de ce ministre d'extrême droite dans la coalition actuellement au pouvoir en Israël, et du 7 Octobre qui vit s'effondrer la première raison d'être d'Israël: un État où les Juifs seraient garants de leur sécurité.
Aujourd'hui, dans le contexte d'une actualité brûlante, Israël a vécu le traumatisme fondamental: la sécurité pour les Juifs ? À défaut de la paix, on pouvait espérer le silence. Tel était le point de vue d'un habitant de Kfar Aza, cousin de l'auteur de ces lignes, qui a vu son fils assassiné et quatre personnes de sa famille emmenées en otages le 7 octobre 2023. On en est désormais au temps de la guerre de religion, du face-à-face entre islamisme et messianisme. Comme le disait Sternhell : “Je ne voudrais pas faire preuve d'optimisme. On ne peut pas s'en remettre, ni à Dieu ni à l'histoire. Il faut faire appel à la raison. Je crains que nous laisser seuls nous fasse aller au désastre. Il faut commencer à bouger sérieusement”. Par Philippe Gumplowicz, in “Contre les fascismes. Zeev Sternhell, un historien engagé” sous la direction de Pier Serna, Folio. Information sur la rencontre ici : https://www.librest.com/nos-rendez-vous/14-octobre-2025/6599-zeev-sternhell--un-historien-combatif-contre-les-fascismes