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L’art perdu du secret de Juliette Adam
Benjamin a disparu à vingt ans, étudiant en médecine, il s’est volatilisé, laissa...
16/04/2026

L’art perdu du secret de Juliette Adam

Benjamin a disparu à vingt ans, étudiant en médecine, il s’est volatilisé, laissant derrière lui un foyer figé dans l’attente : Hélène, Isaac, et Suzanne, la petite sœur, condamnés à vivre avec des questions sans réponses.
Puis un jour, dans la foule, Hélène croit reconnaître son fils. Il s’appelle Liam. Ou peut-être pas.
À cet inconnu, elle fait une proposition vertigineuse : jouer Benjamin. Endosser son rôle, réintégrer la maison, faire semblant d’être l’absent. Pour Liam, enfant balloté de familles d’accueil en familles d’accueil, l’illusion devient refuge. Enfin, une place. Enfin, une famille.
Mais qui trompe qui, dans cette comédie du manque ?
Avec l’arrivée de Liam, la vie reprend doucement ses droits, surtout chez le père, comme si l’imposture avait le pouvoir fragile de réparer. Pourtant, l’ombre de Benjamin plane :
S’est-il suicidé ? Est-il encore vivant ? Reviendra-t-il ? Et surtout… pourquoi est-il parti ?
Juliette Adam tisse un roman délicat sur le deuil impossible, la mémoire et le besoin vital de croire. On pense au Voyageur sans bagages d’Anouilh, à cette identité vacillante que l’on reconstruit pour survivre. Et l’écho de je vais bien, ne t’en fais pas d’Olivier Adam résonne en filigrane — clin d’œil subtil, incarné par une certaine Lili.
L’art perdu du secret est un roman tout en retenue, où le silence parle plus fort que les révélations, et où l’amour, même déguisé, reste une tentative désespérée de réparer l’absence. .adam18

Avec Un violeur attentionné et délicat, Chahdortt Djavann livre un texte brutal, presque suffocant, qui résonne étrangem...
14/04/2026

Avec Un violeur attentionné et délicat, Chahdortt Djavann livre un texte brutal, presque suffocant, qui résonne étrangement avec l’actualité.

Ici, pas de détour : un juge, dans l’Iran des mollahs, raconte. Depuis sa cellule, il remonte le fil de sa vie, comme pour comprendre — ou justifier — comment il est devenu un monstre.
Est-ce un choix ? Une fatalité ? Une construction lente, presque inévitable ?

Son enfance pèse comme une condamnation. Entre humiliation, solitude et manque d’amour, il grandit dans un climat étouffant : un grand-père dépendant dont il doit s’occuper, une mère absente émotionnellement… et puis cette demi-sœur, Leili.
Une relation interdite, qu’il tente de transformer en explication : celle d’un besoin désespéré de tendresse. Mais l’amour, ici, ne sauve rien.

La séparation brutale — son mariage forcé — agit comme une cassure irréversible. Lui ne s’en relèvera jamais.

Alors il bascule.
Armée. Religion. Pouvoir.
Jusqu’à devenir juge. Jusqu’à être accusé de viol.

Ce qui frappe, ce n’est pas seulement l’histoire c’est la manière.
Le texte cogne.
L’écriture, presque poétique dans la forme, avance comme un souffle haché, une confession sans répit. Pas de pause, pas de confort pour le lecteur. On est enfermé avec lui, dans un pays où la paranoïa est partout, où tout le monde peut devenir coupable.

La question que pose ce roman est dérangeante :
peut-on expliquer l’horreur sans jamais l’excuser ?

C’est un livre qui met mal à l’aise et c’est précisément pour ça qu’il est nécessaire.

Avec Bombasse, Camille Emmanuelle signe un roman aussi drôle qu’audacieux, une satire lumineuse de nos contradictions in...
09/04/2026

Avec Bombasse, Camille Emmanuelle signe un roman aussi drôle qu’audacieux, une satire lumineuse de nos contradictions intimes et de la grande comédie du désir. On y retrouve Marie Couston de Culcul désormais mariée à José, mère de jumelles (Judy et Rita), repentie de l’alcool et prof de français en ligne… du moins le jour.
Car la nuit, après s’être pris une porte dans la gu**le, Marie bascule dans une dimension parallèle où l’attend Pedro, mexicain avec lequel elle vit des aventures muy caliente. Une double vie fantasmée, aussi libératrice que dangereusement satisfaisante. Et la question, délicieusement absurde, surgit :
« Sucer en réalité parallèle, est-ce tromper ? »
Entre deux corrections du scénario que l’IA a généré pour l’adaptation de son roman érotique sur Bigflix, Marie s’enfonce dans ses contradictions. Elle écoute pour s’endormir les podcasts “Histoires très très sensibles” de Fabrice Truelle, se demande s’il existe un lien entre calvitie masculine et testostérone, et tente de concilier fantasmes, fidélité et charge mentale.
Camille Emmanuelle signe un texte vif, tendre, délicieusement irrévérencieux.
Un roman drôle, piquant.

Des filles comme il faut de Nadia DaamAprès La Gosse,  elle signe ici son premier roman et ça frappe juste.On suit Blanc...
07/04/2026

Des filles comme il faut de Nadia Daam

Après La Gosse, elle signe ici son premier roman et ça frappe juste.

On suit Blanche, journaliste, qui lance un podcast au titre : « On se lève et on se casse ». Elle y enquête sur ces femmes qui disparaissent volontairement, laissant derrière elles mari, enfants, vie entière. Un geste rare, presque tabou, dans une société où ce sont surtout les hommes qui s’évaporent pour fuir leurs responsabilités.

Son obsession : Martha prof , une femme qui s’est volatilisée sans explication. Blanche part à la rencontre de ceux qui l’ont connue -famille, amis, collègues- pour tenter de reconstituer le puzzle.

Mais Blanche elle-même vacille. Mariée à Joseph, jeune mère d’un petit Orso, elle lutte surtout contre son alcoolisme. Et c’est là que le roman devient encore plus fort : derrière l’enquête, c’est une plongée intime dans les failles, les injonctions faites aux femmes, et le vertige de vouloir disparaître sans vraiment partir.

Un roman à la fois frais et lucide, qui capte quelque chose de très contemporain. Il parle d’époque de charge mentale, de maternité, d’épuisement. L’écriture est vive, intelligente, presque urgente.

Une lecture qui interroge : partir, est-ce fuir… ou survivre ?

Dans Je suis drôle, David Foenkinos met en scène un héros attachant et légèrement décalé : Gustave Bonsoir. Dès les prem...
04/04/2026

Dans Je suis drôle, David Foenkinos met en scène un héros attachant et légèrement décalé : Gustave Bonsoir. Dès les premières pages, le lecteur découvre un personnage marqué par une histoire singulière. Après la mort de sa mère biologique, Gustave est élevé par deux instituteurs. Très tôt, l’enfant découvre qu’il possède un talent particulier : il fait rire. Face aux réactions enthousiastes il se persuade rapidement d’avoir un véritable don pour l’humour.

Après le baccalauréat, il quitte sa ville de Bourg-la-Reine pour tenter sa chance à Paris. Son rêve : monter sur scène et faire rire un public plus large. Il s’essaie alors aux scènes ouvertes du Comedy Club, avec l’espoir de devenir humoriste. Mais la réalité se révèle plus complexe que l’enthousiasme des débuts.

Au fil du roman, David Foenkinos suit les aventures de Gustave, entre ses aspirations artistiques, ses doutes et sa relation amoureuse avec Margot. Avec son style léger et sensible, l’auteur explore la question du talent, de la reconnaissance et du regard des autres.

Entre humour et mélancolie, Je suis drôle dresse ainsi le portrait d’un jeune homme qui cherche sa place dans le monde, persuadé que faire rire est peut-être la plus belle manière d’exister. .foenkinos

Specimen de Pauline Claviere. Une romancière confie son fils à Mina, une nourrice attentive. Mina aussi est mère. Son fi...
31/03/2026

Specimen de Pauline Claviere.

Une romancière confie son fils à Mina, une nourrice attentive. Mina aussi est mère. Son fils, Rafael, de dix-neuf ans, a disparu.

Avant de s’évanouir dans la nature, il a laissé un carnet.

Un carnet que Mina remet à la narratrice. À l’intérieur, une voix. Celle d’un jeune homme qui se raconte, se dévoile. Animateur dans un centre de loisirs pour enfants. Une inquiétante étrangeté s’installe.

Et puis la lecture devient miroir.

À travers les mots de Rafael, la narratrice voit ressurgir une autre disparition. Celle de Laura, sa meilleure amie d’enfance, évaporée du jour au lendemain. Une absence jamais cicatrisée.

Ce qui frappe, c’est le rythme. Les chapitres courts battent comme un pouls affolé. On tourne les pages avec fébrilité. Impossible de s’arrêter. La lecture est effrénée, On cherche, on soupçonne, on doute. On se laisse happer.

Specimen explore la mémoire, la disparition, la part obscure tapie derrière les apparences. Un texte tendu, troublant, qui laisse une sensation persistante.

Dans L’Imparfait, Éric Reinhardt nous entraîne à la Villa Borghese, face à l’Hermaphrodite du Bernin, sculpture fascinan...
26/03/2026

Dans L’Imparfait, Éric Reinhardt nous entraîne à la Villa Borghese, face à l’Hermaphrodite du Bernin, sculpture fascinante dont le marbre semble glisser entre les époques. Quelques Caravage éclairent la visite, mais très vite le texte se dédouble : Rome se confond avec le Puy-en-Velay, où Gloria, chanteuse double contemporaine d’hermaphrodite rencontre Bruno, dentiste.
Aucune frontière entre les lieux, aucun repère certain : Reinhardt brouille volontairement les pistes. Sommes-nous encore dans les salles du musée, ou déjà dans la vie de ses personnages ?

Un récit hybride, drôle par instants, toujours troublant : une déambulation où le réel et l’art se mêlent jusqu’à ne plus faire qu’un. Une belle surprise dans la collection La Nuit au musée.

Dans Très brève théorie de l’enfer, Jérôme Ferrari s’inscrit dans une forme brève qui prolonge son travail sur le conte ...
24/03/2026

Dans Très brève théorie de l’enfer, Jérôme Ferrari s’inscrit dans une forme brève qui prolonge son travail sur le conte moral. Le texte repose sur un dispositif simple : mettre en regard deux trajectoires d’exil. Le narrateur, professeur de français, rencontre sa femme en Algérie puis part avec elle et leur fille à Abu Dhabi. À cette mobilité choisie s’oppose celle de Kaveesha, femme de ménage sri-lankaise, contrainte de quitter son pays pour des raisons économiques, laissant derrière elle sa famille.
Ferrari construit ainsi une opposition nette entre départ volontaire et migration forcée, sans jamais la théoriser explicitement. Le récit refuse le pathos : les faits sont exposés avec sobriété, laissant au lecteur la responsabilité morale de la comparaison. Cette retenue renforce la portée politique du texte, qui interroge les inégalités de circulation, de choix et de destin.
La brièveté du récit participe de son efficacité. L’écriture, précise et contrôlée, crée une tension discrète mais persistante. L’« enfer » évoqué par le titre n’est ni spectaculaire ni métaphysique : il réside dans l’écart entre deux vies qui se croisent sans jamais se rejoindre.
Un texte court, mais dense, qui condense en peu de pages une réflexion lucide sur l’exil, la responsabilité et le regard occidental.

Les Évadés du convoi 53 de Benoît FogelC’est une évasion. Une vraie.Treize hommes sautent d’un train de déportation. Le ...
20/03/2026

Les Évadés du convoi 53 de Benoît Fogel

C’est une évasion. Une vraie.
Treize hommes sautent d’un train de déportation. Le convoi 53 quitte Drancy, antichambre de la mort, à destination de Pitchipoï : l’inconnu.

Robert Fogel, le grand-oncle de l’auteur, est arrêté après avoir été dénoncé comme juif par Lucie Jaouen, par jalousie. Paul, le grand-père, lui, reviendra des camps. Il aura fallu attendre sa mort pour que ce livre puisse s’écrire. Reste alors la question centrale : écrire sur celui qui est revenu, ou sur celui qui n’est jamais rentré ? Peut-être parce que la Shoah ne pose qu’une seule question : celle de la survie et de la responsabilité qu’elle implique.

Le récit avance dans une « rythmique syncopée », tendue, parfois presque romanesque. On lit comme on court, même en sachant dès le départ que Paul est revenu. Car l’enjeu n’est pas l’issue, mais ce qui suit : comment rester dans le monde après une telle expérience ?

Ils sont treize à s’évader du convoi 53. Treize noms contre l’effacement :
Paul Fogel, Robert Fogel, Sylvain Kaufmann, Hugues Steiner, Jacob Reymann, Léon Fouksman, Bernard Rozenberg, Paul Guérin, Pierre Jacques Braunschweig, Gibet Koffmann, Angelino Schwarzwald, Jean Kotz, Josek Goldberg.

Un livre tendu.
Une mémoire transmise à hauteur d’hommes. .vonessen

Dans Atelier 4 d’Hélène Gestern, Irène, médecin généraliste comme son père, tente de comprendre la mort de sa sœur Natac...
18/03/2026

Dans Atelier 4 d’Hélène Gestern, Irène, médecin généraliste comme son père, tente de comprendre la mort de sa sœur Natacha Dobrynine. Chimiste dans l’usine de papier Eco-Heft, celle-ci est retrouvée morte en pleine nuit dans l’atelier 4, une cuve de blanchiment de papier.
Accident du travail ? Su***de ?
Et surtout : que faisait-elle là à 4 heures du matin ?

En cherchant la vérité, Irène remonte peu à peu les fils de la vie de sa sœur,et ceux d’un système. Dans son cabinet médical, elle reçoit chaque jour des patients de tous horizons : serveurs, professeurs, esthéticiennes, greffiers, agriculteurs… Tous racontent la même fatigue contemporaine : réunions interminables, logiciels imposés, mails à 23h, promotions refusées, paperasse infinie, normes absurdes. Une bureaucratie presque kafkaïenne qui épuise les corps et les esprits.

L’enquête intime se transforme alors en roman social, qui explore les dérives du monde du travail et la solitude de ceux qui tentent d’alerter.

Avec une écriture précise et sensible, Hélène Gestern compose un roman noir. Un livre qui nous rappelle que derrière certains drames se cachent parfois des mécanismes systémiques, implacables.

Une lecture trouble qui interroge
que reste-t-il de nous quand le travail dévore tout ?

On l’appelait Bennie Diamond.
Anvers, années 70.
La ville des diamantaires.
Un monde fermé, transmis de père en fils, où...
12/03/2026

On l’appelait Bennie Diamond.

Anvers, années 70.
La ville des diamantaires.
Un monde fermé, transmis de père en fils, où le diamant est une langue universelle.
Benyamin deviendra Bennie.
Il apprendra les codes, le vocabulaire. Il conquiert le milieu du précieux, lui qui vient d’ailleurs.
Lui dont la mère est morte.
Lui dont le père travaille à la synagogue et croit davantage en la prière d’un Dieu qu’au pouvoir de l’argent.
Ici, les diamants sont éternels.
Les héritages aussi.
Et pourtant, Bennie s’infiltre, observe, apprend, brille.
Ce premier roman se lit comme une série :
rythme nerveux, scènes ciselées, atmosphère dense.
Très cinématographique.
On y découvre un monde fascinant, opaque, réservé à ceux qui y sont nés et à ceux qui osent forcer la porte.
À la dernière page, une seule chose vous viendra aux lèvres.
Un mot chargé de chance et de destin : Mazal

Un Conte de fées de Karine Reysset Dans le nouveau roman de Karine Reysset, Pierre Bailly, professeur émérite au vernis ...
10/03/2026

Un Conte de fées de Karine Reysset

Dans le nouveau roman de Karine Reysset, Pierre Bailly, professeur émérite au vernis impeccable, révèle son vrai visage : celui d’un tyran domestique, d’un prédateur qui, sous couvert d’intelligence et de prestige, enferme, isole, viole et brise.
Face à lui, Aurore, jeune étudiante trop brillante, trop vivante peut-être, qu’il lui faut réduire, éteindre comme on cherche à faire disparaître un soleil qui dérange.

Il lui fera trois enfants, autant de chaînes supplémentaires pour s’assurer qu’elle ne s’échappera pas.

Alors Aurore raconte, nous raconte

Conte de fée est une lecture-choc : elle met en rage, heurte, bouscule.
Certaines scènes, certaines phrases notamment celles d’une assistante sociale hérissent le poil tant elles disent l’aveuglement et l’injustice.
Et pourtant, le récit est rondement mené, presque hypnotique dans sa manière de rendre sensible chaque faille, chaque souffle, chaque sursaut d’espoir.

Le portrait d’une femme qui tente, coûte que coûte, de reprendre sa lumière. .reysset

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