12/06/2026
📚 Vendredi Lecture : « Ghost Stories » de Siri Hustvedt, aux éditions Gallimard.
Quarante-trois ans. C’est le temps qu’ont partagé Siri Hustvedt et Paul Auster, comme compagnons de vie, mari et femme, lecteurs et écrivains. En avril 2024, l’auteur de la « Trilogie new-yorkaise » s’est éteint des suites d’un cancer.
« Je suis vivante. Mon mari, Paul Auster, est mort. ». C’est par cette phrase, d’une simplicité bouleversante, que s’ouvrent ces « histoires de fantômes », à la fois récit, journal et méditation sur le deuil, l’amour et l’intimité partagée.
En perdant Paul Auster, Siri Hustvedt perd tout : elle perd ses repères quotidiens, son sommeil, une part de sa mémoire immédiate, et voit son corps lui-même vaciller. Elle avance dans un brouillard où tout semble devenu étranger.
Pendant quarante-trois ans, ils ont été « Paul et Siri », « Siri et Paul », un « nous » si profondément ancré qu’il constituait presque une identité à part entière.
Ce qui frappe dans ce texte, c’est la beauté d’une relation fondée sur une véritable égalité.
Ils étaient mari et femme, bien sûr, mais aussi les interlocuteurs privilégiés l’un de l’autre : deux auteurs qui se respectaient, s’admiraient, s’écoutaient et se nourrissaient mutuellement. Tout au long de leur vie commune, ils sont restés la personne à qui l’autre avait le plus envie de parler.
Siri Hustvedt évoque avec tendresse ces moments où, après avoir écrit chacun de leur côté dans leur appartement de Brooklyn, ils se lançaient ce rendez-vous devenu rituel : « Rendez-vous à 17 heures dans les fauteuils verts! ».
L’autrice compare leur couple à un arbre qui grandit au soleil comme sous la pluie, capable de faire naître de nouvelles branches lorsque l’une d’elles est frappée par la foudre. « Ghost stories » raconte justement cette croissance, ces ramifications qui ont renforcé leur édifice commun au fil des années, jusqu’à ce que la maladie vienne les séparer.
C’est un de ces livres dont on aimerait retenir des pages entières. Avec une sincérité désarmante et une grande finesse de pensée, Siri Hustvedt livre un texte essentiel sur l’absence, la mémoire et les liens qui continuent d’exister bien après la mort.
À lire.
Julie