15/09/2016
En exclusivité mondiale internationale galactique de l'univers... un extrait du roman que je vais défendre à Gigouzac dimanche 25 septembre... si je ne me fais pas rire tout seul qui le fera pour moi ?
Chapitre 12 - Le Blues Rocket
Ils arrivèrent à 19 heures 30 devant le Blues Rocket, le bar où il était prévu qu’Angèle se produise avec Eusebio. Serge l’aida à décharger le matériel. Son regard fut attiré par une affichette assez minable placardée sur la porte d’entrée de l’établissement. 2 guitares y étaient dessinées sans style sur un simple fond blanc. Le nom du duo était écrit juste dessous, en tout petit : Jacqueline is painting. Enfin, sur un bandeau de fortune, cette annonce tracée au marqueur rouge cacochyme, : « CE SOIR à 21 h ». Du vrai boulot d’amateur.
Ce troquet était vraiment infâme. Des papiers tue-mouches remplis ras la gu**le, et où achevaient d’agoniser quelques proies velues pendaient au plafond. Le sol en carrelage fissuré de partout devait avoir 100 ans d’âge. Les vitres étaient toutes sales et 1 ampoule sur 2 avait rendu l’âme. Il était évident que personne ne voudrait jamais se donner la peine de les ressusciter. Dans un coin il y avait un baby-foot hors d’âge et à côté une estrade minuscule en guise de scène. Ça promettait.
Le patron les regarda entrer. Il était en train de vider un énième demi. C’était un bonhomme rondouillard, vaguement roux, avec un tatouage fané sur l’avant bras qui semblait dégu**ler tout son vert. Un requin, un zèbre, Johnny ? On ne savait ce que ça représentait ? Ses favoris n’étaient pas symétriques et on voyait qu’il lui manquait 2 dents en haut sur le côté droit. En fait, il était aussi négligé que son établissement.
Il ne fut pas du tout scotché par la beauté de la jeune femme. Ça devait être le genre à ne pas faire le distinguo entre une mémère boudinée de 55 ans et une jeune représentante médicale avenante au déodorant d’enseigne discount pouvant faire illusion 20 minutes. Angèle s’approcha de lui.
- Bonjour, je suis Angèle la guitariste du groupe, on peut installer le matos ?
- Bien sûr… la scène est là…Vous avez fait bonne route ?
- Très bonne, merci.
Angèle ne laissait transparaître aucune émotion particulière. Ni déception, ni joie, elle était juste appliquée à faire ce qu’elle devait faire : mettre en place ses outils de travail. Elle régla les 2 pieds de micros à bonne hauteur, bloqua les micros dans leurs pinces, posa les 2 guitares sur leurs stands. Elle mit les 2 amplis et la sono en ordre de marche. Restaient les pédales d’effets, tous les câbles, les fils d’alimentation, la rallonge multiprises. Elle organisa tout ce petit monde, posa le cahier avec les textes par terre, poussa les flight-case dans le fond, et voilà… Cela lui prit 10 minutes chrono.
Elle fit un vague essai de voix, accorda les instruments et envoya un accord avec chaque gratte histoire de tester le son. 3 mn de plus. Puis elle bascula le commutateur de la sono sur off.
Serge était quand même perplexe. En fait peut-être qu’Eusebio allait finir par débarquer et que c’était comme cela que le truc fonctionnait entre eux. Après tout il ne savait presque rien du binôme.
Angèle s’approcha du bar et s’adressant au patron fit les présentations.
- Je suis Angèle donc… et voici Eusebio, dit-elle en désignant Serge d’un geste de la main lent et plein de déférence, c’est lui que vous avez eu au téléphone.
- Enchanté, fit le patron.
- Enchanté, reprit Serge en réprimant un léger rire.
Mais lorsqu’il comprit la situation il n’en revint pas. Tel qu’il avait été nommé et vu la disposition du matériel il était clair qu’il allait finir sa soirée sur cette scène. Il regarda Angèle interloqué. Elle lui fit un sourire de connivence et à cet instant elle était à tomber.