08/08/2026
Journée internationale du Chat 🩷
🐈⬛ Pourquoi les sorcières ont-elles un chat noir ? ✨
En cette Journée internationale du chat, il fallait bien parler de cette grande injustice historique : le chat noir.
Parce qu’à la base, nous parlons quand même d’un animal qui dort une bonne partie de la journée, réclame à manger devant une gamelle qui n’est pas vide, fixe parfois un coin de mur avec une intensité très préoccupante, puis s’enfuit parce qu’un sac plastique a bougé.
Voilà.
Un être de mystère, certes, mais aussi un être capable de perdre tout sens de la dignité devant une croquette coincée sous un meuble.
Et pourtant, au fil des siècles, ce petit animal domestique est devenu l’un des compagnons les plus célèbres de la sorcière. Dans l’imaginaire collectif, difficile aujourd’hui d’imaginer une sorcière sans voir, quelque part près d’elle, un chat noir assis dans l’ombre, l’air de savoir beaucoup trop de choses pour quelqu’un qui passe trois heures à dormir dans un carton.
Mais cette association ne vient pas de nulle part.
Et elle raconte finalement moins les chats que cette vieille habitude humaine qui consiste à remplir très consciencieusement les zones d’ombre avec tout ce qui nous inquiète.
Dans l’Égypte ancienne, par exemple, le chat avait plutôt bonne réputation. Les félins étaient notamment associés à Bastet, déesse liée à la protection du foyer, à la fertilité et à différents aspects de la vie domestique.
Et surtout, le chat avait une utilité parfaitement compréhensible sans consulter le moindre grimoire : il chassait les rongeurs et les serpents qui menaçaient les réserves.
Il faisait donc son travail de chat, les humains trouvaient ça très bien, et personne ne semblait encore particulièrement inquiet de savoir ce qu’il fabriquait dehors à trois heures du matin.
Puis les siècles passent et, en Europe, le regard se complique.
Il faut dire que le chat possède quelques caractéristiques particulièrement efficaces lorsqu’il s’agit de nourrir les croyances.
Il sort la nuit. Il se déplace presque sans bruit. Ses yeux accrochent la moindre lumière dans l’obscurité. Il disparaît pendant des heures puis revient comme si de rien n’était.
Et contrairement à beaucoup d’animaux domestiques, il garde une indépendance assez remarquable.
Le chien vous regarde parfois comme si vous aviez personnellement inventé le soleil parce que vous lui avez lancé un morceau de bois.
Le chat, lui, vous observe comme s’il vérifiait simplement que vous entretenez correctement son logement.
Aujourd’hui, ça nous fait sourire.
Mais dans des époques où la nuit, certains animaux et tout ce qu’on ne comprenait pas encore étaient entourés de croyances, il n’en fallait pas énormément pour que l’imagination commence à travailler.
Et elle a travaillé.
Beaucoup.
🐈⬛ Et pourquoi le chat noir ?
Parce qu’il avait tout ce qu’il fallait pour alimenter les inquiétudes de l’époque.
Imaginez un village sans lampadaire, sans éclairage public, sans téléphone dans la poche pour allumer la torche quand quelque chose bouge derrière vous.
La nuit est noire. Vraiment noire.
Vous marchez tranquillement et, soudain, deux yeux apparaissent à quelques centimètres de vos pieds avant que l’animal qui les porte ne disparaisse dans l’obscurité sans faire un bruit.
Aujourd’hui, vous savez que Minou rentre probablement d’une tournée parfaitement ordinaire de son territoire.
À l’époque, toutes les interprétations n’étaient pas aussi raisonnables.
Dans une partie de l’imaginaire européen, le noir pouvait déjà être associé à la nuit, au deuil, au mystère ou au mal. Le chat noir s’est donc retrouvé progressivement chargé de croyances qui avaient finalement assez peu à voir avec ses propres occupations.
Lui traversait probablement la rue pour aller chercher une souris.
L’être humain, lui, avait déjà commencé à écrire tout un scénario.
🕯️ Et puis le chat entre réellement dans les affaires de sorcellerie
Aux XVIe et XVIIe siècles, notamment en Angleterre, une figure apparaît régulièrement dans les récits et accusations de sorcellerie : le familier.
Et c’est là qu’il faut oublier un instant l’image actuelle du petit compagnon spirituel installé près de l’autel pendant qu’on tire trois cartes.
Dans les croyances liées aux procès de l’époque, le familier pouvait être décrit comme un esprit, voire un démon, prenant une forme animale et censé assister la personne accusée de sorcellerie.
Il pouvait prendre l’apparence d’un chat.
Mais également d’un chien, d’un lièvre, d’un crapaud ou d’autres petites créatures.
Ces histoires ne sont pas apparues de nulle part. Elles se sont notamment nourries de croyances populaires plus anciennes autour d’esprits domestiques ou surnaturels, ensuite réinterprétées dans le contexte très particulier des accusations de sorcellerie.
Et là, évidemment, les choses deviennent beaucoup moins amusantes.
Dans certaines affaires anglaises, les personnes accusées étaient pauvres, âgées, marginalisées ou déjà prises dans des conflits de voisinage. Des gens sur lesquels le soupçon avait beaucoup plus de facilité à s’installer.
À partir du moment où tout le monde cherche une preuve, même les choses les plus banales peuvent commencer à avoir l’air suspectes.
Dans certaines affaires, il suffisait parfois qu’un animal revienne souvent près d’une maison, qu’une voisine soit déjà mal vue, qu’un enfant tombe malade ou qu’une bête ne donne plus autant de lait pour que les soupçons commencent à s’accumuler. Quand une communauté cherche une explication à ce qui va mal, tout peut soudain prendre un sens inquiétant.
Le chat, lui, n’avait rien fait de particulier. Il était simplement là, au mauvais endroit, au mauvais moment.
Les procès ont fini par disparaître. L’image, beaucoup moins.
Et la sorcière a gardé son chat noir.
Les histoires, les gravures, la littérature, puis le cinéma et toute la culture populaire ont fini par rendre le duo presque inséparable.
Et ce qui rendait autrefois le chat inquiétant est devenu, avec le temps, une grande partie de ce qu’on aime symboliquement chez lui aujourd’hui.
Son indépendance.
Son instinct.
Sa manière d’observer avant d’approcher.
Sa capacité à savoir exactement quand une interaction est terminée.
Essayez donc de retenir dans vos bras un chat qui avait prévu autre chose.
Vous comprendrez très vite l’idée, sans citation inspirante et avec, selon l’humeur du professeur, une petite trace sur l’avant-bras.
Dans certaines pratiques sorcières contemporaines, le chat peut ainsi être associé à l’intuition, au mystère, à l’observation, à l’indépendance ou encore à la protection du foyer.
Et cette lecture actuelle suffit largement sans avoir besoin de prétendre qu’elle explique à elle seule les accusations d’autrefois.
L’histoire réelle est beaucoup plus complexe que ça.
Mais aujourd’hui, nous pouvons regarder autrement un animal auquel on a longtemps prêté énormément de choses simplement parce qu’il inquiétait, surprenait ou échappait à ce qu’on croyait comprendre.
Et le chat noir, lui, s’en est plutôt bien sorti dans notre imaginaire moderne.
Après avoir été chargé de mauvais présages, de soupçons, de peurs et d’histoires de sorcellerie, il est devenu l’un des symboles les plus aimés de cet univers.
Alors la prochaine fois qu’un chat noir croise votre chemin, ou vient s’étaler de tout son long sur vos papiers au moment précis où vous aviez besoin de travailler, pas besoin de chercher immédiatement un signe mystique.
Regardez-le simplement.
Cet animal a traversé des siècles de croyances humaines, de projections et d’histoires toutes plus compliquées les unes que les autres.
Et il continue malgré tout à réclamer qu’on lui ouvre une porte…
pour finalement rester assis devant.
Franchement, après tout ce qu’on lui a fait porter, il a bien mérité de ne toujours avoir aucun compte à rendre à personne. 🐈⬛✨
— Melle Pestouille