23/07/2026
Épisode 2
Le gbaka toussa une dernière fois, puis s’ébranla dans un grondement rauque, soulevant derrière lui un nuage de poussière rouge qui s’accrocha longtemps à la cime des fromagers.
À l’intérieur, Juliana était assise à la fenêtre avec son téléphone en main. L’écran était éteint. Elle le serrait fort, comme on serre un talisman.
Le moteur haletait. À chaque nid-de-poule, la tôle gémissait et les passagers s’entrechoquaient.
Elle quittait DIAÏ.
Elle quittait l’odeur du bois de chauffe au petit matin.
Le chauffeur, un homme trapu au regard fatigué, lança un CD de zouglou. La musique emplit le véhicule, couvrant les sanglots étouffés d’une mère qui accompagnait son fils à l’université.
Juliana ferma les yeux. Devant elle défilaient les images de son enfance.
D’abord ce furent les plantations. Les cacaoyers serrés, les caféiers taillés au cordeau. Les femmes, enroulées dans des pagnes, dos courbés, sarclant sous le soleil déjà haut.
Puis la forêt s’éclaircit. Les villages se firent plus rares, plus modernes. Les cases en banco cédèrent la place aux maisons en parpaings coiffées de tôle.
À Toulepleu, le gbaka marqua un arrêt. Des vendeuses ambulantes encerclèrent le véhicule : beignets chauds, arachides, eau glacée.
« Ma fille, tu vas à Man ? Que Dieu t’accompagne », lui lança une vieille femme en lui tendant un sachet d’eau.
Juliana hocha la tête. Elle n’avait pas faim. Elle avait la gorge serrée.
Quelques heures plus t**d, le chauffeur cria : « Danané ! Descente Danané !»
Le gbaka s’arrêta au grand marché. L’agitation était plus forte ici. Des femmes dioula en boubou, des commerçants libanais, des vendeuses d'eau. Juliana profita de l’arrêt pour descendre étirer ses jambes. L’air de Danané était différent. Plus frais, à cause de la proximité des montagnes.
Elle acheta une banane braisée. Le vendeur lui sourit : « Courage hein ma fille. Man t’attend. »
Le gbaka klaxonna. Il fallait repartir.
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