22/07/2024
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AGBODJAMA.
Agbodjama désigne une variété d’attiéké, un plat typique issue du terroir ivoirien non labelisé, à base de semoule de manioc.
L'attieké selon la première version tire son origine de l'expression Tchaman (ébrié) "adjèkè" prononcer par les non natifs "tchèkè", pour signifier par les Tchabia (femmes ébriés) aux allogènes "à vendre". Une autre version dérive de "attié ké" pour dire la chose des Akyé dans cette langue.
Plusieurs ethnies principalement celles du sud de la Ci s’arrachent la paternité de la l'attieké dont le nom comporte de multiples appellations dans ces langues.
Adjoukrou par Egb.
Akyé par Ké.
Abbeys par Han.
Abidji par vèdè.
Alladjan par Ankwa.
Tchaman (ébrié) par Agnì.
Etc...
ABODJAMA.
Mais; l’Agbodjama cette variété est une qualité d’attiéké made by les Tchaman (ébrié) dont les femmes détiennent non seulement le savoir faire en plusieurs types de grains : moyens, gros grains, version préparée avec huile de palme.
L'expression Agbodjama comme l’Attiéké tire son appellation de plusieurs origines à savoir le nom d'un natif d'un village Tchaman (ébrié) Agbo Djama qui affectionnait ce type d’attiéké d'où Agbodjama pour désigner ce repas.
Mais; dans la réalité l'étymologie du mot tire sa source d'une pratique culturelle Tchaman (ébrié), celle de la prise de pouvoir par un nouveau chef de famille, celle de la passation successorale à un nouveau chef de famille (Mando).
En effet, contrairement à aujourd’hui l’habitude culinaire de nos aïeux, grands-pères, parents, était constituée de féculents (igname, manioc, tarot, patate, etc…).
L’igname, plante nourricière des akan à cause de sa variété saisonnière; mais aussi à cause de sa conservation constituait l’essentiel des repas quotidiens tandis que l’attiéké, difficile à fabriquer et à conserver, était jadis un repas des grandes cérémonies (fêtes, funérailles).
Qualitativement supérieur la confection de l’abodjama requiert un savoir-faire, alliant texture, ingrédients, jalousement gardés par nos mères, donnant un goût dont pourraient attester toutes personnes ayant dégusté ce plat.
L'Abodjama a eu son appellation et sa signification altérée par une prononciation usuelle : Agbodjama en lieu place de Abodjama. Il en est de même par l'utisation dans la langue Tchaman (ébrié) des mots issus des anagrammes; ainsi "abo dja ma" pour dire "adja bo ma".
Jadis, une année après le deuil d’un chef de famille (amando oté), l’on organisait des cérémonies de levée de deuil, afin d’honorer non seulement sa mémoire mais; aussi procéder au partage de ses biens (meubles). A cette occasion, l’on ouvrait la cérémonie successorale pour la désignation d’un nouveau chef de famille.
Le nouveau chef de famille pour une question d’honneur et de prestige devrait offrir à ses convives l’agbodjama (Abodjama). Ainsi, la confection de l’agbodjama dans une cour du village augurait la prise de pouvoir par un nouveau chef de famille d'où l'expression "abo dja ma" normalement "adja bo ma" qui signifie littéralement en langue Tchaman la prise de pouvoir est arrivée : adja (héritage) bo (prendre, garder), ma (arrivée).
Les autres appellations N’djssè, N’tôniè, Ayi sran, de l’agbodjama sont aussi révélateurs de cette période :
N’DJISSÈ GNÌ.
N’djissè désigne les personnes respectables, nobles et agnì l’attiéké, pour signifier l’attiéké des hommes d’honneur.
N’TÒNIÈ.
N’tôniè désigne littéralement l’expression typique du deuil, n’ton (pleurs), niè (original, typique).
N’tôniè est une désignation de l’agbodjama, aux grains moyens à auxquelles l’on ajoute de l’huile rouge de palme pendant et après la confection.
AYI SRAN.
Ayi sran signifie la meilleure qualité d’attiéké.
Photo : Confection du manioc en attiéké 1920.