11/01/2023
LES PROMESSES AMOUREUSES...
Il y a quelques années, une connaissance à moi a été persuadée par son compagnon de démissionner de son emploi parce qu'il disait compter sur les bénéfices d'un marché pour lui ouvrir un commerce. Toute joyeuse, sans même attendre que ledit marché se concrétise ou non, elle a rendu les tabliers et quitté son emploi. Leur relation ne datait que de quelques mois, mais se sentant couronnée de plus d'amour qu'elle aurait jamais pu en rêver, elle trouva que sa démission lui donnerait même davantage de temps pour se consacrer à l'élu de son cœur et remporter si possible l'anneau tant convoité qui lui conférerait un statut plus admirable dans la société. Avec ses économies, elle faisait des emplettes pour ravitailler l'appartement du monsieur qui représentait leur nid d'amour. Elle venait y passer la nuit, puis le week-end, puis la semaine puis finit par s'y installer définitivement. Elle était aux petits soins et il adorait être l'objet de ses nombreuses attentions. Très vite, il décida en lui-même qu'il serait dommage de la laisser se consacrer à un autre but qu'à lui. Il la voulait entière, disponible et disposée. Il la convainquit alors que ce serait bien qu'elle reste à la maison pour s'occuper de leur future progéniture. Sa mère avait fait pareil, sa grand-mère aussi. Il avait les moyens de s'occuper de sa famille, disait-il. La proposition était alléchante et il n'était pas mauvais en soi de se réveiller les matins, sans subir le stress d'avoir à courir être au boulot à l'heure et subir la mesquinerie de ses collègues toute la journée.
Aujourd'hui, le temps est passé, les années ont évolué. L'amour s'est amenuisé et la tension s'est installée à mesure que l'argent s'est raréfié. C'est devenu dur de porter seul la charge de trois enfants et une femme. Il en venait à ne plus avoir envie de rentrer les soirs. Il y a toujours une énième dépense à faire et madame dépendait de lui même pour acheter du paracétamol pour les enfants quand les corps de ces derniers chauffaient de fièvre. Il avait fini par trouver refuge dans les bras de sa meilleure amie, Anne, une jeune femme déterminée qui se battait pour tenir de main ferme son maquis. Il fit sa connaissance en y mangeant quelques fois et trouva une oreille compatissante pour raconter ses misères. Sa confidente n'était pas heureuse pour autant. Elle était certes indépendante financièrement mais était un coeur esseulé avide d'amour. La nature savait si bien faire ses choses, les deux pouvaient mutuellement s'assister. Bientôt, Anne fut présentée à sa belle-mère qu'elle ne manqua pas de gâter de cadeaux et d'attentions. Elle prenait part désormais aux évènements familiaux et toute la belle-famille l'adulait. Les deux femmes avaient le même statut matrimonial puisque la première jamais ne fût emmenée chez le maire ni dotée. La bague qu'elle convoitait fut portée à la nouvelle dont la présence irradiait les finances et la vie de leur mari commun, par ricochet, quelques fois, son foyer à elle aussi puisque l'homme rentrait très souvent les bras chargés de provisions. Elle savait que les affaires ne prosperaient pas plus que ça. Elle se doutait de l'origine des vivres mais elle n'osait ni poser la question, ni protester parce qu'une jalousie dans la précarité était de toute évidence malvenue. Ses enfants se nourrissaient mieux et son conjoint était plus détendu. Toujours distant mais désormais au moins, la tension avait disparu de leurs échanges. Il dormait de moins en moins à leur appartement et n'était plus présent manifestement que pour les enfants pour qui son amour était toujours aussi indéfectible.
Ce soir, j'étais tellement songeuse en pensant à leurs débuts ! Qui aurait pu imaginer dix ans plus tôt que ce couple dont l'amour semblait inspiré des dieux deviendrait comme de parfaits colocataires qui avaient à charge des enfants. Je me rappelle que les parents de l'éprise l'avait pourtant maintes fois mise en garde, surtout après la première grossesse. "Il faut que tu te reprennes. Tu ne peux dépendre à vie d'un homme. Nous n'avons pas investi autant dans tes études pour que tu en arrives à tendre la main pour le moindre de tes besoins.". Mais l'amour semblait tellement si fort que les conseils passaient pour jugements. Elle avait pris la décision de s'éloigner de sa famille après la deuxième grossesse et la troisième l'isola complètement d'eux à mesure qu'elle comprenait qu'ils avaient raison et qu'elle se sentait trop honteuse pour admettre que le scénario tel qu'ils l'avaient imaginé se déroulaient. Aujourd'hui, sa belle-mère dont elle voulait imiter l'exemple pour montrer soumission à son conjoint la prend pour le talon d'Achille de son fils. Elle trouvait que sa vie se serait nettement améliorée s'il avait épousé quelqu'un d'entreprenant qui l'avait aidé à fructifier ses ressources quand il en était encore temps. Elle trouvait que c'était elle qui avait retardé la vie de son fils qu'Anne est aujourd'hui venue sauver tel un Messi. Si seulement elle avait écouté les siens, son foyer ne serait peut-être pas aussi divisé, elle n'aurait pas troqué son statut de première épouse à guetter aujourd'hui l'arrivée de celui qu'elle aime comme un cultivateur qui attend désespérément que les nuages se rassemblent pour annoncer la pluie.
Arielle Heaven Akouete