07/12/2025
IMPORTATION AUTOMOBILE : L’ETAT CAMEROUNAIS PRÉVOIT LA SUPPRESSION DES DROITS ET TAXES SUR LES VEHICULES MOINS ÂGÉS EN 2026
Depuis plusieurs années, la question du vieillissement du parc automobile camerounais revient régulièrement dans les débats publics. Et pour cause : le pays roule aujourd’hui majoritairement avec des véhicules âgés, souvent importés en fin de vie, et dont les performances techniques comme environnementales sont très loin des standards internationaux actuels. Face à cette situation préoccupante, le gouvernement prépare pour 2026 une réforme fiscale majeure dont l’objectif est clair : rendre l’importation de voitures récentes plus accessible et freiner l’entrée massive de véhicules hors d’âge.
La nouvelle mesure, intégrée à l’article 10 du projet de loi de Finances 2026, modifie profondément la structure des droits d’accises. Jusqu’ici, les voitures importées âgées de 0 à 15 ans étaient soumises à un taux uniforme de 12,5 %. Une règle jugée insuffisamment incitative, car elle ne distinguait pas réellement les véhicules réellement récents de ceux déjà relativement âgés. Le gouvernement propose désormais une approche plus ciblée : exonération totale (0 %) pour les véhicules de tourisme âgés de 0 à 12 ans, taxation modérée de 12,5 % pour ceux de plus de 12 à 20 ans, et taxation dissuasive de 25 % pour les voitures de plus de 20 ans. Cette grille s’appliquerait à toutes les catégories de véhicules : particuliers, utilitaires, bus, minibus, remorques et assimilés.
L’un des éléments qui expliquent cette décision est le vieillissement extrême du parc circulant. Selon le directeur général des Douanes, Fongod Edwin Nuvaga, l’âge moyen des voitures en circulation atteint 18 ans, un chiffre très élevé en comparaison avec les standards internationaux où la moyenne tourne généralement entre 8 et 12 ans. Sur les 1,6 à 2 millions de véhicules estimés en circulation au Cameroun, 92 % résultent du marché de l’occasion, dont beaucoup sont déjà âgés de plus de 15 ans au moment de leur importation (chiffres DGD, 2023). Autrement dit, le marché camerounais repose presque uniquement sur des véhicules en fin de cycle, dont la durée de vie résiduelle est limitée.
Pourtant, ce n’est pas la première fois que le gouvernement tente de freiner cette tendance. Dès 2019, la Loi de Finances prévoyait une suppression totale des droits de douanes pour les voitures âgées de moins de 10 ans. Une mesure ambitieuse, mais qui n’a pas eu les effets escomptés. Les habitudes d’achat, la faiblesse du pouvoir d’achat, et la forte domination des circuits informels ont continué d’alimenter l'importation de voitures très anciennes, plus abordables mais souvent en mauvais état.
Les conséquences de cette situation sont multiples. D'abord, un parc vieillissant implique des véhicules plus polluants : moteurs usés, systèmes antipollution inopérants, filtres défectueux… Un cocktail dangereux pour l’environnement mais aussi pour la santé publique. En novembre 2023, Samuel Nguiffo, directeur général du Centre pour l’Environnement et le Développement (CED), rappelait que « nombre de véhicules importés au Cameroun ne respectent déjà plus les normes de pollution en vigueur dans leur pays d’origine ». Autrement dit, le Cameroun devient un point de chute pour des véhicules que d’autres marchés refusent en raison de leur impact environnemental.
Ensuite, l’insécurité routière reste intimement liée à l’état mécanique des véhicules. Freins fatigués, systèmes électroniques défaillants, airbags inactifs, pneus lisses… importés en mauvais état, ces véhicules vieillissants contribuent à augmenter les risques d’accidents. Le renouvellement du parc n’est donc pas seulement une question d’esthétique ou de confort, mais aussi de sécurité publique nationale.
Cependant, cette réforme intervient dans un contexte où le marché automobile montre enfin des signes de reprise. Après la chute des importations liée à la pandémie mondiale, la dynamique est repartie à la hausse. Entre 2021 et 2024, la valeur des véhicules importés a progressé de 12 %, atteignant 105,7 milliards de FCFA selon l’INS (2024). Une progression qui s’explique à la fois par la normalisation du commerce international, par l’intérêt croissant des ménages, mais aussi par l’arrivée de nouveaux concessionnaires et distributeurs sur le marché local. Les marques asiatiques, américaines et européennes s’implantent plus fortement, avec des offres plus diversifiées et plus accessibles que par le passé.
L’État espère donc que l’allègement fiscal pour les véhicules de moins de 12 ans soit un accélérateur supplémentaire. En réduisant drastiquement les coûts d’importation sur les voitures récentes, la réforme devrait rendre ces modèles plus compétitifs face aux véhicules très anciens, jusqu’ici avantagés sur le plan financier. En parallèle, la taxation élevée des véhicules de plus de 20 ans vise à décourager leur entrée sur le territoire, réduisant à terme leur présence sur les routes.
Cette stratégie s’inscrit dans une vision plus globale : moderniser progressivement le parc automobile camerounais, réduire la pollution, améliorer la sécurité routière, et aligner le pays sur les standards de mobilité les plus avancés. Une politique cohérente avec les autres initiatives gouvernementales, comme l’annonce récente d’un abattement de 50 % sur les importations de véhicules électriques dès 2025, ou encore l’arrivée de SG Motors, entreprise indienne spécialisée dans les technologies vertes, qui a lancé une filiale camerounaise dotée d’un capital de 100 millions FCFA.
Toutefois, pour que la réforme atteigne ses objectifs, plusieurs défis demeurent : renforcer les contrôles douaniers pour éviter les fraudes sur l’âge réel des véhicules ; améliorer les points de contrôle technique afin de s’assurer que les voitures en circulation respectent les normes ; développer des systèmes de financement automobile plus accessibles aux ménages ; et encourager les concessionnaires à proposer davantage de véhicules neufs ou récents à des prix raisonnables.
Si ces leviers sont actionnés conjointement, la réforme fiscale de 2026 pourrait marquer un tournant historique. Elle toucherait non seulement l’industrie automobile, mais aussi l’environnement, la sécurité routière et même l’image du pays, qui aspire à moderniser tous les secteurs liés à la mobilité. Pour l’instant, le projet de loi est encore en discussion, mais ses ambitions sont claires : faire du Cameroun un pays où l’on importe moins vieux, où l’on roule plus sûr, et où l’on respire mieux.
Que nos mécaniciens de l'antiquité commencent à se recycler !